Présentée dans notre n°43 avec la plus grande de ses deux compactes, l’Izumi, la marque allemande Odeon Audio retrouve VUmètre avec une référence plus conséquente : la Odeon Audio Tosca 2020. Cette enceinte colonne est la plus avancée de son catalogue avant les trois modèles à pavillons externes. D’un tarif de 8 290 €, elle se démarque par la qualité de composants triés sur le volet – des condensateurs Wima aux bobines Mundorf et haut-parleurs Scan Speak – en plus de son tweeter à compression spécifique en provenance d’Italie, pour un résultat musical d’un grand naturel et d’une belle polyvalence.
LLors de notre visite à la manufacture Esprit (cf. reportage dans le VUmètre n°47), nous avons pu écouter les impressionnantes Odeon Audio Semper (33 900 €) et les ultimes Carnegie (94 990 €). Pensant faire un test sur l’un des modèles à pavillons externes, nous souhaitions essayer la plus raisonnable Helix (18 890 €), mais avons finalement réalisé que tester d’abord une colonne plus discrète comme la Rigoletto 2020 ou la Tosca 2020 serait plus approprié pour une majorité de nos lecteurs.
Alors la Tosca 2020 s’est imposée à nous, par la qualité déjà très haute du choix de chaque composant comme par son réalisme musical.
Modifiée en 2020 pour en arriver à sa troisième génération, la Tosca a amélioré tant son registre médium-grave que son tweeter, restant toutefois une enceinte deux voies, mais avec une bande de fréquence large en capacité de descendre à 34 Hz et de monter à presque 25 kHz (mesures constructeur).
Afin de permettre la qualité de réponse la plus fine et la meilleure tenue de grave, cette colonne reprend un coffrage en contreplaqué, avec une structure de stratification multiplex en couches de 20 mm d’épaisseur, destinée à absorber au mieux les vibrations. À cela s’ajoute un système de filtre qui capte les résonances Helmholz à la base des haut-parleurs médium-grave, dans le but de procurer une fluidification de l’air la plus naturelle possible.

Les deux haut-parleurs fabriqués par la marque danoise Scan Speak possèdent une membrane de type NAWI (non-unwindable) en fibre de bois et un aimant de très large dimension, afin d’offrir une plus grande rigidité et donc une reproduction profonde des basses.
Produit à l’autre extrémité de l’Europe, le tweeter proviennent d’Italie et utilise une technologie à forte compression, basée sur un diaphragme en mylar, un film polyester au nom barbare de polytéréphtalate d’éthylène aussi connu sous l’acronyme PET, qui a pour particularité d’être très résistant à la traction, en plus d’être très stable chimiquement et d’une grande réflexivité.
Entraîné par un aimant néodyme d’une force magnétique de deux Tesla pour guider la bobine mobile, et renforcé par un blindage mécanique pour éliminer les effets microphoniques, il assure une fidèle reproduction des hautes-fréquences, soutenues dans leur diffusion grâce au pavillon de 17 cm auquel le tweeter est intégré.
Quant aux extrêmes graves, un système bass-reflex basé sur un tunnel orienté vers le bas a été réfléchi pour améliorer également la diffusion d’une partie des médiums, en plus de ne pas se retrouver limité par un placement trop loin ou trop proche d’un mur, comme lorsque l’orientation est horizontale. Le filtre crossover est basé sur des condensateurs à film Wima et des bobines à film plat Mundorf, soudés point à point et fixés mécaniquement, avec pour objectif de limiter très faiblement les écarts et de parvenir à une écoute la plus linéaire possible entre chaque registre.
Les câbles utilisés sont en cuivre OFC allemands et les borniers parmi ce qui se fait de mieux : des WBT Nextgen en cuivre plaqué or, montés sur des panneaux en acrylique derrière lesquels sont placés les filtres.
D’une hauteur de 111,5 cm, les Tosca 2020 sont placés sur un socle en bois et disponibles en de multiples coloris, soit pour renforcer leur caractère boisé (peuplier, macassar, noyer, érable), soit pour les rendre plus modernes avec des teintes laquées blanches ou noires.
L’INSTALLATION DES ODEON AUDIO TOSCA 2020
Disponibles chez seulement quelques revendeurs, les Tosca 2020 ont pu être écoutées chez Hifi 35 à Rennes, où elles ont trouvé une réponse particulièrement adéquate dans le fait d’être dynamisées par un amplificateur à tube en classe A Unison Research S6. Les sources utilisées nous ont par la même occasion permis de développer en profondeur le niveau des détails, notamment avec le nouveau DCS Bartók Apex, dont la palette de nuances a pu bénéficier des Odeon Audio, ramenées à un niveau plus conventionnel mais déjà très musical avec le streamer Moon 390.
Comparées à des concurrentes plus conventionnelles, comme les B&W de la gamme 700 et les KEF de la gamme 800, les Tosca 2020 ont également été positionnées à plusieurs endroits de l’auditorium, avec différents écartements par rapport aux murs, en plus d’être orientées de diverses manières, afin d’en faire ressortir le meilleur potentiel, notamment lorsqu’elles étaient pincées, c’est-à-dire volontairement orientées vers les angles adverses de notre canapé, dans le but de créer un triangle isocèle parfait et de développer une écoute d’un type plus monitoring.

LE SON DES ODEON AUDIO TOSCA 2020
Comme nous connaissions les Izumi et que nous nous rappelions leur aisance particulière avec les musiques naturelles, nous avons commencé les tests de la même façon avec les Tosca 2020, ce qui s’est révélé être une très belle idée ! Car si sur la petite, la qualité des timbres nous avait déjà beaucoup charmés, la grande colonne de Rhénanie du Nord-Westphalie et ses haut-parleurs italo-danois parviennent à un niveau de réalisme encore bien supérieur.
Avec le nouvel album de Savannah Conley ou nos habituelles chanteuses de jazz, les saveurs du médium des voix nous parviennent directement, tandis que les instruments autour profitent de la même pureté des nuances. Et plus que bien timbré, le son parvient surtout avec un magnifique équilibre entre tous les registres, les notes superbement portées par l’air.
À cela s’ajoute une scène sonore large, qui offre un beau volume à nos chanteuses, libérées et donc d’une présence particulière dans la salle d’écoute, dont la chaleur est renforcée par les tubes en classe A de l’amplificateur Unison Research, ainsi que par la finesse des détails des sources.
D’une retranscription très fine, notamment dans l’aigu grâce au tweeter à compression parfaitement expulsé par le pavillon, les Tosca 2020 une fois pincées vers les angles améliorent encore cette précision, mais au détriment de la scène sonore, qui perd alors un peu en largeur. Ce type d’écoute sera alors une affaire de goût !
Très à l’aise sur les musiques naturelles, confirmées avec des formations de chambre de musique classique, les Tosca 2020 ont ensuite été poussées dans leurs retranchements. Et là encore, par rapport à l’Izumi, non seulement la réponse de basse s’est montrée bien plus large, mais aussi bien plus naturelle.
Si « Stimela » d’Hugh Masekela nous a d’abord servi à vérifier la tension de graves réels, superbement retranscrits même dans les grands écarts dynamiques, c’est avec les sons électroniques de Tyler et les basses du « Breed » de Nirvana que nous avons pu nous rendre compte de l’excellente tenue des haut-parleurs Scan Speak dans le bas du spectre, et de la pertinence du système bass-reflex orienté vers le bas, sans donner l’impression de taper dans le fond du cabinet.
Pour vérifier le volume tant en largeur qu’en profondeur et en gestion des grandes masses, nous avons d’abord utilisé le Concerto pour piano n°1 par Argerich (live Lugano, DG), car nous avions entendu la pianiste deux jours plus tôt à Évian. Ici, les instruments de l’orchestre distinctement placés se sont associés à la distinction claire du toucher du clavier, avec de beaux effets mécaniques.
En revanche, en poussant les Tosca avec l’opéra éponyme de Puccini, dans la version Karajan de Decca, sur « Tre Sbirri » l’orgue d’abord magnifique a ensuite laissé place à une profondeur limitée lorsque l’orchestre et le chœur étaient fortissimo.
Vérifié encore avec le « Vissi d’arte » du même opéra, où jamais nous n’avions démarqué autant la harpe cristalline en plus de profiter à plein du grain de Leontyne Price, nous avons retrouvé par la suite ce petit manque d’ampleur, jamais dans la largeur mais en profondeur, qu’il faut aller chercher dans les modèles supérieurs de la marque, bien plus extrêmes.

NOTRE CONCLUSION
Jugées par certains comme moins polyvalentes que certaines enceintes concurrentes, les Tosca 2020 d’Odeon Audio nous ont pourtant véritablement attirés dans leur magnifique retranscription des timbres, sur un registre très large, sans saturation même dans les haut-aigus ou les graves poussés à un volume sonore très élevé.
D’une justesse et d’un naturel impressionnants, ces enceintes allemandes offrent une superbe fluidité et n’ont pas le caractère trop net caractéristique de beaucoup de marques de ce pays. Juste limitées dans la profondeur sur les très grandes masses, elles sont pour le reste de magnifiques compagnes, tout particulièrement si l’on est amateur de musique classique et de jazz.
Bien qu’encore discrète, cette plus grosse des trois colonnes bénéficie déjà à plein de l’effet de pavillon en bois, tout en gardant un design classique que ne peuvent posséder les trois modèles les plus gros de la marque, bien plus volumineux et aux tarifs beaucoup plus élitistes.
Auteurs : Vincent Guillemin
Fiche technique : Odeon Audio Tosca 2020
- Origine : Allemagne
- Prix : 8 290 €
- Dimensions : 1115 x 210 x 440 mm
- Poids : 32 kg
- Sensibilité : 93,5 dB
- Impédance : 6 ohms
- Réponse en fréquence : 34 Hz – 24,5 kHz
Paru dans VUMETRE N°49
VUMETRE N°49
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