GRYPHON Diablo 333

En 2005, Gryphon avait fait beaucoup de bruit en lançant son intégré Diablo, alors surprenant par sa puissance démoniaque de 2 x 250 W sous 8 ohms, avec une capacité de filtrage de 2 x 58 000μF. Dix années plus tard, le Diablo est devenu Diablo 300, valeur de sa nouvelle puissance sous 8 ohms, avec une retouche complète des composants sur la base d’une conception globale non remise en cause. Huit années ont encore passé, et le Diablo 333 a transité chez nous en avant-première, pour un test où la rapidité du son référente à la marque danoise est apparue de manière intègre avec un vrai surplus de raffinement.

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Reconnaissable au premier coup d’œil, la ligne du nouveau Diablo 333 s’inscrit dans la pleine continuité de ses deux prédécesseurs Gryphon, sortis de l’imagination du créateur Flemming Rasmussen. En façade, toujours surélevé par quatre fermes pieds en pointe, l’amplificateur maintient l’idée de triangularité coupée, mais perd la barre médiane et intègre à présent toutes les informations et paramètres dans un écran tactile de 11 cm (4,3’’) de diagonale, au centre sous le logo rouge de la marque danoise. Possibles également grâce à la nouvelle télécommande en aluminium nommée Commander – avec elle aussi l’idée d’une forme triangulaire avortée sur la partie inférieure – les modifications concernent tant le choix du volume et des entrées analogiques que la gestion des deux modules ajoutables en option. Premier des deux, à paraître prochainement et donc non disponible pour ce test, le module DAC3 (7 250 €) s’intègrera dans une grosse cavité supérieure à l’arrière de l’amplificateur, qui permettra d’y relier de nombreuses sources numériques en USB, AES/EBU ou Toslink pour décoder des fichiers jusqu’au DSD512, ceci grâce à l’utilisation de la nouvelle puce très haute-performance de Sabre, l’ESS9039 PRO.

Autre module, intégrable lui aussi dans une cavité dédiée, le phono PS3 (5 750 €) permettra de se passer d’un préamplificateur phono externe, pour gérer l’impédance des cellules MC de 20 ohms à 1 600 ohms et des cellules MM à 47 kilos-ohms, avec comme le convertisseur numérique-analogique, une conception double mono et en pure classe A.

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Un Diablo toujours plus fort

Nous l’avons dit, ce nouveau Diablo 333 joliment gris-noir anodisé et aux impressionnants radiateurs latéraux ressemble aux précédents modèles, mais le lifting actuel lui permet aussi de s’inscrire dans la nouvelle identité de la série la plus haute du fabricant, plus raffinée, découverte avec le bloc de puissance Apex et le préamplificateur Commander, dont le nouvel intégré reprend une partie des technologies et des conceptions.

Pensé par l’ingénieur Tom Møller sur la partie électronique, toujours intégralement double-mono si l’on prend en compte que l’imposant mais unique transformateur toroïdal Holmgren est lui-même dual-mono, le Diablo 333 intègre sur les panneaux latéraux trois imposants condensateurs en polypropylène pour chaque canal, puis trois autres directement ajoutés sur le circuit central, celui-ci comme tous ceux de l’appareil étant traité en quatre couches, avec des quantités non-négligeables de cuivre pour chacune d’entre elles.

Au total, la capacité de filtrage culmine à présent à 2 x 68 000μF, soit 10 000 μF de plus que le premier Diablo, le dernier-né offrant également une puissance supérieure de 83 W par canal sous 8 ohms par rapport au premier, et de 33 W supérieure au Diablo 300, pour atteindre maintenant 333 W sous 8 ohms, ou 666 W sous 4 ohms et 1 100 W sous 2 ohms. Pour cela, il utilise dix transistors de sortie de chaque côté, en plus de régulateurs Shunt afin de toujours contrôler la qualité de la tension d’alimentation. La gestion du volume se fait grâce à des relais équilibrés sur 43 niveaux, commandés par microprocesseurs, associés à une ou deux résistances en série par niveau. Discrète, cette gestion du volume n’a jamais laissé apparaître de cliquetis pendant nos tests, comme on l’entend normalement avec les produits utilisant les technologies relais-résistances.

Ultra-limité en câblage interne, l’amplificateur choisit toujours les chemins de signaux les plus courts possibles, notamment en incorporant directement les entrées analogiques sur son circuit primaire, à privilégier sur les deux paires de prises XLR Neutrik plaquées or, et sinon disponibles asymétriquement avec une paire de borniers RCA (input 3). À côté, la marque vient encore placer une paire phono d’entrée (Tape In) et de sortie (Tape Out) plaquées or avec isolation en téflon, prévues pour une fonction pourtant plutôt obsolète, à savoir celle du retour d’enregistreur.

Une dernière paire RCA sert à ressortir directement par la partie préamplificatrice, par exemple pour attaquer un autre bloc de puissance ou un caisson de basse. Deux couples d’énormes borniers rouges et noirs permettent d’intégrer sans se tromper de fil une paire d’enceintes, tandis qu’une prise trigger et une USB 2.0 pour mettre à jour le microprocesseur viennent compléter le diabolique appareil, d’où ressort sur une dernière partie basse, avec à nouveau l’idée de triangle coupé, la prise secteur et une borne pour relier à la terre.

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L’installation

Vu et entendu notamment au Paris Audio Video Show dans l’une des salles les plus convaincantes du salon, relié aux enceintes Gryphon Eos 2 qui avaient fait l’objet d’une recension dans nos colonnes récemment (VUmètre n°47 ; Remarquable), avec pour source numérique le convertisseur très haut de gamme d’Ideon Audio et en source analogique la platine Brinkmann Taurus et une cellule DS Audio avec préampli phono EMM Labs, le Gryphon 333 a pu être revérifié par la suite avec d’autres associations. De dimensions imposantes mais encore relativement contenues par rapport à d’autres produits du catalogue danois, il faut cependant prendre en compte que cet amplificateur intégré pèse 50,6 kg, donc doit être placé sur un meuble haute-fidélité haut de gamme, en capacité de soutenir toute sa masse, répartie sur ses quatre pieds en pointe. Rapide bien que de plus en plus raffiné dans son rendu, il peut parfaitement s’accorder avec des enceintes en provenance des mêmes contrées d’Europe, à commencer par les Børresen dont nous parlons dans ce numéro, tandis qu’il aura la capacité d’aviver les meilleures sources, pour lesquelles il ne faut pas hésiter à choisir des appareils précis et denses quant aux informations transférées.

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Le son

À l’écoute, il semble évident qu’il s’agit bien d’un Gryphon, par le son toujours aussi rapide et dynamique qui en ressort. Mais si l’on avait l’habitude du punch des précédentes générations, parfois presque un peu dur, le nouveau Diablo 333 semble avoir mûri et s’être assagi. Infernal par son amplification monstrueuse de 333 W par canal sous 8 ohms, il peut toujours dynamiser n’importe quelle enceinte, mais offre à présent plus de rondeur et moins de nervosité, pour délivrer une sonorité plus raffinée, plus affinée même lorsque l’on se prend à écouter du jazz calme. Cette sonorité provient toujours du Nord, en cela qu’elle est nette tout en gardant une véritable élasticité, disponible déjà à très bas volume, où les notes tiennent longtemps avant de s’estomper, comme sur le piano de Lou Reed dans « Vanishing Act ».

Au salon, le fait d’écouter le célèbre « Stimela » d’HughMasekela en vinyle audiophile puis sur fichier HiRes a pu démontrer qu’à niveau comparable de prix, un système analogique l’emporte pour l’instant encore un peu sur le volume de la scène et le naturel des timbres par rapport au numérique, bien retranscrits en cela par le Gryphon. Les basses peuvent alors descendre très profond, tendues sans jamais déborder ni non plus cogner, comme on s’en souvient lors d’une écoute – certes avec une source moins bonne – du premier Diablo. La scène est également d’une grande largeur, la profondeur plus concentrée avec les enceintes Gryphon ressortant plus étendue avec des enceintes Dali, au détriment du caractère feutré de certaines musiques intimistes, mais à l’avantage des grandes masses orchestrales comme celle de la 9e Symphonie de Dvorák par Fritz Reiner. La scène sombre sans la moindre distorsion parasite permet une mise en regard de chaque détail, comme encore sur le live le plus connu d’Eric Clapton, où le moindre frottement de corde devient perceptible comme si nous étions collés à sa guitare.

Notre conclusion

Parce qu’il s’agit bien d’un Gryphon, le Diablo 333 offre toujours la grande rapidité sonore qui a fait la marque du fabricant danois, très dynamique et tendue. Le gain de raffinement convie à rendre ce nouvel amplificateur encore plus polyvalent qu’auparavant, avec une puissance encore plus élevée et mieux contenue, particulièrement superbe lors de nos écoutes de musiques rock et jazz, ou encore avec du reggae. Comme souvent aujourd’hui, le prix augmente conséquemment ; il passe ici de 17 500 € à 25 950 € pour cette nouvelle génération, sans les deux modules numériques et phono en option. Mais ce montant, si l’on est en capacité de le consacrer à un système audio, est à comparer à la musicalité de cet intégré par rapport aux éléments séparés de la marque danoise dans la même gamme, ainsi qu’à la concurrence, afin de vérifier si ce nouveau diable ne serait pas prêt à nous emmener au paradis !

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Fiche technique : GRYPHON Diablo 333

  • Origine : Danemark
  • Prix : 25 950 €
  • Dimensions : 468 x 245 x 472 mm
  • Poids : 50,6 kg
  • Type d’amplification : classe A/B
  • Puissance nominale
    • 2 x 333 W sous 8 ohms
    • 2 x 666 W sous 4 ohms
    • 2 x 1 100 W sous 2 ohms
  • Réponse en fréquence : 0,1 Hz-350 kHz ; -3 dB
  • Gain : +38 dB
  • Options
    • Module DAC3 : 7 250 €
    • Module phono PS3 : 5 750 €

Paru dans VUMETRE n° 50

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