Bonjour Begüm Tomruk, vous êtes la nouvelle directrice du design de Marantz, pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous raconter comment vous en êtes arrivé à la hi-fi ?
Begüm Tomruk : Bonjour, je suis né à Istanbul et ai étudié le design industriel, avant de m’orienter vers Allemagne par opportunité professionnelle. J’ai commencé à travailler chez Grohe Spa à Düsseldorf, où j’ai participé à relancer et revitaliser les produits de la marque. Cela m’a donné une expérience précise non seulement de designeuse, mais aussi dans la compréhension de l’importance de l’identité de marque, notamment dans le marché du luxe.
En tant que designeur industriel, vous avez besoin de viser immédiatement un rendu final, mais en pensant en même temps à tout le cycle de production. Cela fait que parfois, un projet démarre et est interrompu en cours de route, car il présente trop de contraintes. En même temps que cette démarche réflexive, j’ai aussi appris comment mettre en valeur les produits, notamment sur le packaging, là encore sur le côté visuel, mais aussi sur la façon d’en sortir le produire. Il est aussi important de participer à la campagne marketing, de vérifier que les photographies correspondent et ne desservent pas le produit.
Après cette expérience d’une dizaine d’année, j’ai décidé de m’orienter vers le design audio et j’ai alors rejoint Marantz, en tant que directrice du design industriel, dans un poste qui contient également toute la partie de direction de création, dans laquelle je suis totalement aujourd’hui.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre attirance pour l’audio et le secteur de la haute fidélité ?
Tout d’abord parce que la musique a toujours joué un grand rôle dans ma vie. C’est quelque chose qui m’a toujours motivé et j’ai joué du piano pendant longtemps, donc j’ai une oreille musicale. Dessiner des produits pour quelque chose qui nous passionne, nous apporte des émotions directes et puissantes, m’intéressait beaucoup dans l’idée. Il y a de grandes opportunités de raconter des histoires par la musique, rappeler des souvenir ou des émotions, en créer de nouvelles.
Et dans le développement de Marantz, il y a avait aussi une idée d’aider la marque à entrer sur de nouveaux segments, de dynamiser les produits modernes destinés à un autre public, et même de côtoyer la frontière du luxe, comme nous le faisons à présent avec la série Horizon.

Lorsque vous êtes entré chez Marantz il y a deux ans, le projet Horizon a-t-il été le premier, et en êtes-vous l’initiatrice ?
Lorsque je suis arrivé, il y avait de multiples produits de redesign sur la table, mais le projet Horizon a en effet été le premier grand projet que j’ai eu à diriger, pour amener la marque et l’image de marque sur d’autres espaces. Je travaille très en rapport avec les équipes du groupe, l’équipe de design industriel évidemment, celle du packaging aussi, mais aussi avec l’équipe marketing, afin d’amener l’entreprise dans une direction cohérente, avec une véritable consistance pour se développer sur de nouveaux marchés. Il y a donc eu d’un côté la gestion du design de certains produits high-end, avec l’apparition de la série 10 (tests à venir), et de l’autre la création de la gamme Horizon.
Pour entrer un peu plus en profondeur sur ce projet, quel a été votre influence et votre apport pour arriver à ce qu’est aujourd’hui l’Horizon ?
Le projet été déjà lancé quand je suis arrivé, mais il était encore basé juste sur des concepts. Pour étendre le portfolio du groupe, il a rapidement été décidé de ne pas développer une gamme luxe par des produits classiquement audiophile comme des amplificateurs ou des enceintes passives, et donc d’utiliser les technologies actuelles pour développer une enceinte connectée et moderne.
C’est de là qu’est parti le projet, avec l’idée d’investir vers de nouveaux horizons, donc de nouveaux clients, avec des objets impressionnants et en rupture dans le design par rapport à la notion de hi-fi. On nous dit toujours que les groupes d’audiophiles tendent à vieillir, voire à disparaître, mais en réalité il y a toujours un intérêt très fort pour la hi-fi, tout particulièrement dans la jeune génération. Mais si les jeunes et même certains plus confirmés aiment le bon son, ils veulent des solutions beaucoup plus simples qu’auparavant pour y accéder, et d’une grande ergonomie.
L’Horizon et le Grand Horizon arrivent donc dans une entreprise forte d’un héritage hi-fi de plus de soixante-dix ans, avec une confiance des audiophiles dans le fait que malgré un design très novateur, la qualité du son ne sera pas mise de côté.
Alors qu’on hésite toujours à parler de « luxe » dans la hi-fi, malgré des produits toujours plus ultimes et des tarifs maintenant stratosphériques pour certain, vous n’hésitez pas à utiliser ces termes et à montrer cet objectif d’image ?
À mon arrivée dans le groupe, j’ai très rapidement ressenti que l’héritage de Marantz été en train de devenir un poids plutôt qu’un avantage. Quand j’ai dit que j’allais travailler pour cette marque, les réponses étaient régulièrement « ah oui, mon père avait un ampli Marantz », ou « mon grand-père utilise encore un lecteur CD Marantz » !
Ce passé procure une véritable compétence, mais nous devons vivre dans le présent et nous devons vouloir qu’à nouveau les gens pensent à Marantz comme ils y pensaient il y a trente ans : comme une marque technologique dans laquelle il n’y a aucun risque d’investir. Pour cela, la notion de luxe est en réalité accolée à la notoriété et à l’image de marque. Il faut donc que les produits continuent de procurer ce qu’ils ont toujours procuré en termes de qualité sonore, mais cela doit s’accompagner d’une sensation de design totalement en adéquation avec les attentes modernes.
Changer l’image d’une pièce grâce à un objet, changer la perception de l’espace en intégrant un produit comme l’Horizon, était le défi que nous nous sommes donc fixés.
L’Horizon peut aussi bien être utilisé par un audiophile pour un système secondaire, par exemple dans une chambre ou dans une cuisine, que par des groupes de luxe dans des environnements bien-être ou spa, ou des suites de grands hôtels. C’est à tout ce public que nous avons pensé lors du développement, raison pour laquelle les matériaux et les coloris ont également été orientés pour plaire aussi aux architectes d’intérieur et à des personnes qui valorise les designs iconiques.



Comment avez-vous pensé l’Horizon et le Grand Horizon pour en arriver à ces objets ?
Comme je l’ai dit, le projet était lancé avant que j’arrive chez Marantz. Lorsque je suis arrivé, l’important a été pour moi de comprendre et de m’approprier le projet, afin d’arriver à un produit dans lequel le moindre détail serait contrôlé et pensé. J’ai par exemple repensé l’aspect, les trois coloris choisis et le packaging. Tout a été fait en interne, des vérifications de l’utilisabilité à l’interface en pensant par un grand nombre de tests.
L’objet en lui-même est une réinterprétation d’un portail, de même que tous les amplificateurs Marantz dans le passé étaient des portails pour accéder à une grande qualité sonore et à sa musique. Nous avons en quelque sorte voulu célébrer cela, avec une forme qui reste très facilement identifiable et en même temps très facilement intégrable dans un intérieur contemporain.
Et désolé pour cette question, mais vous êtes une femme dans un univers où les consommateurs sont surtout des hommes, non pas dans la proportion de gens qui écoutent de la musique, mais dans celle des audiophiles en tant que tels. Avez-vous des idées pour moins genrer le marché et ramener les femmes vers lui ?
C’est tout à fait exact ! Pour ma part, j’écoute de la musique parfois connectée, mais j’utilise sinon mon propre système et j’ai d’ailleurs en arrivant chez les gens l’habitude de ressentir les pièces en fonction des éléments hi-fi qui s’y trouvent.
Mais si je n’ai aucun problème avec un système dit conventionnel, et tous les câbles qui vont avec, pour beaucoup de personnes plus jeunes et peut être aussi pour beaucoup de femmes, cela peut sembler bien trop rébarbatif par principe, et totalement bloquer à la réflexion d’un achat. Je pense que beaucoup aimeraient avoir la possibilité d’une très belle écoute musicale dans leurs espaces personnels, mais sans la partie complexe.
Je connais des femmes qui ont contacté des architectes pour leur demander un bon son, sans se soucier du nombre de produit, mais si on veut toucher tout le monde et notamment des publics non aguerris à la hi-fi, il faut faire simple. Les femmes peuvent aussi vraiment intervenir dans la décoration intérieure, avec si on veut encore faire une différence entre hommes et femmes, une vision plus technologique chez les premiers et plus basée sur l’apparence et l’intégration dans la pièce pour les secondes. C’est d’ailleurs pour cela que je suis très heureuse d’avoir intégré le groupe et Marantz, afin d’ouvrir vers de nouvelles visions.





Merci pour toutes vos réponses. Pouvez-vous conclure en nous donnant votre propre système hi-fi ?
J’ai un ancien amplificateur Marantz encore en parfait état de marche, qui est relié à des enceintes Bowers & Wilkins 603, que j’aime notamment pour leur son et leur approche minimaliste de ce que peut être une colonne. Cela est relié à une source dont je ne peux pas encore vous parler… et quand je veux de la simplicité, j’utilise le Grand Horizon de l’autre côté de la pièce !
Merci beaucoup Begüm Tomruk.










