Dans le cadre de la sortie d’une nouvelle cellule amiral chez Audio Technica, le responsable produit international de la marque, Yosuke Koizumi, s’est entretenu avec VUmètre pour vous en apprendre un peu plus sur le développement et les enjeux actuels de cette entreprise soixantenaire.
VU : Yosuke Koizumi, pouvez-vous commencer par présenter votre parcours chez Audio Technica et définir votre position dans l’entreprise aujourd’hui ?
Yosuke Koizumi : J’ai rejoint Audio Technica en 2002 et suis passé dès l’année suivante dans le département des cellules phono. Il y a un peu moins de dix ans, je suis devenu l’un des directeurs de ce département et à présent, je gère également le segment des platines vinyles et ai le poste de Responsable Produit International.
VU : En près de 25 ans, vous avez vu le marché de l’analogique beaucoup évoluer. Pouvez-vous nous résumer comment vous avez analysé ces changements et le nouvel attrait pour le vinyle ?
YK : Il y a encore une vingtaine d’année, Audio Technica dépendait avant tout du Japon, où il y avait une très forte demande de casques. À cette époque, les cellules phono n’étaient plus très populaires. Puis l’intérêt pour les vinyles est redevenu de plus en plus fort, d’abord par les DJ, puis très vite pour tous types de profils d’amateurs de musique.
Aujourd’hui, le marché analogique est reparti à la hausse dans de nombreux pays et représente l’une des catégories les plus importantes pour Audio Technica.
VU : Vous avez donc à présent une très grande gamme de cellules. Avez-vous des focus particuliers sur certains pans de catalogues, ou les considérez-vous tous aussi importants ?
YK : Chez Audio Technica, nous sommes autant concernés par le marché des professionnels de la musique que celui des mélomanes et des amateurs de musique. Aujourd’hui, le Japon reste important dans les ventes, mais nous sommes aussi très présents à l’export.
Nous sommes globalement équilibrés entre chaque catégorie de catalogue sur à peu près tous les marchés, même s’il y a des différences entre région. Par exemple pour les cellules et les platines, l’Amérique du Nord et l’Europe sont bien plus dominants que l’Asie. Au Japon, le marché du vinyle tend à s’accroître, mais dans ce pays, nous sommes encore surtout dépendants des casques. Par rapport aux deux continents précités, la part du Japon dans les ventes de cellules reste relativement petite.

VU : En 2025, vous avez lancé une nouvelle série AT-VMx (cf. news), avec des cellules MM allant encore plus loin dans votre technologie à double aimant mobile. Puis début 2026, une série AT33x de cinq cellules à double bobine mobile (cf. news). Pouvez-vous nous en dire plus sur ces séries ?
YK : Les premières cellules Audio Technica étaient des MM à simple aimant, mais un brevet bloquait leurs ventes en dehors du Japon. Nous avons donc développé la technologie à double aimant, afin de proposer notre propre brevet et de pouvoir vendre à l’export. Par la suite, cette technologie de double aimant a donné une supériorité à de nombreuses références Audio Technica par rapport aux concurrentes et a fortement contribué à notre développement sur le marché de l’analogique.
Avec la récente série AT-VMx, les plus grosses évolutions ont porté sur les stylets et cantilevers. Ceux-ci sont en bore sur les plus gros modèles de la série, ce qui permet d’envisager ces versions MM plutôt qu’une cellule MC d’un tarif équivalent. Et grâce à leur haut niveau de sortie, ces cellules sont plus faciles à utiliser avec des préamplis phono moins chers. Elles peuvent donc offrir de meilleures performances qu’une MC selon comment elles sont associées. Sur la version x, nous avons aussi amélioré les bobines autour des aimants avec un fil en cuivre PCUHD, qui offre un meilleur registre médium.
VU : Pour vous, jusqu’à quelle catégorie ou quel prix y a-t-il un intérêt à rester sur un modèle MM plutôt que MC ?
YK : C’est une question difficile. Pour moi, la question d’une MC ne doit se poser qu’à partir de 400 ou 500 €, jamais en-dessous. Sous cette barre, il me semble qu’il sera toujours plus équilibré d’écouter une MM. Mais cela dépend aussi de vos préférences d’écoute et de si vous cherchez plutôt un son dynamique ou d’abord la qualité des timbres.
Et puis comme je le disais juste avant, il y a l’équipement autour : une cellule MM sera plus facile à installer et à faire marcher qu’une MC ; elle sera souvent compatible avec plus de bras et de préamplis phono. Toutes ces composantes sont à prendre en compte lorsque vous voulez passer à une cellule à bobine mobile, alors que vous pouvez améliorer longtemps votre système en montant simplement en gamme sur une cellule MM.
VU : Quelles vous semblent être les différences les plus marquantes, à tarifs à peu près équivalents, entre une cellule MM et une cellule MC ?
YK : Les cellules MC sont équipées de cantilever à faible masse, et donc lorsque vous montez sur des versions plus haut de gamme, vous allez mécaniquement gagner en nuance. Avec des MM comme les AT-VMx, l’énergie est beaucoup plus facile à transmettre, donc le son sera plus vigoureux et il faudra mettre bien plus cher dans une MC pour retrouver ces mêmes rapports, peut-être en revanche au détriment d’une forme de raffinement. Cela dépend aussi beaucoup de la musique que vous écoutez, car certaines musiques sont bien plus cohérentes avec des cellules à aimant mobile.

VU : Vous avez présenté en première mondiale à Vienne l’AT-MCD1 (cf. news), avec un cantilever en diamant taillé dans la continuité du stylet. Quelles ont été les idées qui ont contribuées à développer cette cellule de référence ?
YK : Fin 2022, nous avons lancé l’AT-MC2022 pour le 60ème anniversaire d’Audio Technica. Il s’agissait d’une édition limitée sur laquelle nous avions fait attention à ne fabriquer qu’un nombre réduit d’unités, parce que nous ne savions pas si cela allait réellement attirer les audiophiles. Finalement, nous avons vendu l’intégralité de la production bien plus rapidement que prévu. Donc nous avons reçu de nombreuses demandes pour en refabriquer ou proposer un modèle équivalent.
Comme il s’agissait d’une édition limitée et anniversaire, il était hors de question d’en refabriquer à l’identique. Alors nous avons réfléchi pour proposer une autre version, pourquoi pas en allant encore plus loin dans les développements. Cela a pris deux années environ et consisté en deux points très précis. En reprenant l’idée d’une unique pièce cantilever-stylus en diamant, nous avons tout de même voulu réadapter chacune de ces parties :
– le cantilever, que nous voulions garder en diamant, car c’est le matériau le plus rigide et le plus rapide pour la transmission du signal. Cependant, en diamant son poids devient supérieur à celui du bore. Alors nous avons tenté d’en réduire la masse ;
– le stylet, qui pour s’y adapter à ce nouveau cantilever nous a imposé de développer avec nos partenaires un nouveau diamant Nude Shibata extrêmement fin.
Chacun indépendamment sonnait superbement et permettait des expressions très naturelles de la musique. À partir de ces deux éléments, nous avons repris la technologie pour les intégrer en une seule pièce.
VU : Pouvez-vous nous parler des autres éléments qui composent cette cellule AT-MCD1 ?
YK : Le châssis est en titane avec des parties en aluminium pour la base et en élastomère pour l’amortissement. Pendant les développement, nous avons vérifié que la combinaison entre l’aluminium et le titane permettait d’éliminer un maximum de résonnance. Si le châssis n’est qu’en aluminium, il peut créer des interférences dans les hautes-fréquences ; s’il n’est qu’en titane, il peut bloquer certaines fréquences. Nous avons donc fait de nombreux essais afin de trouver la meilleure combinaison possible.
VU : Sur quelles platines et quels systèmes conseillez-vous d’intégrer une cellule comme l’AT-MCD1 ?
YK : Pendant le développement, nous avons utilisé principalement la Technics SL-1000 et la Spiral Groove SG1.1 développée par Allen Perkins. Les préampli phono étaient celui de Soulnote et l’Accuphase C-47.
Dans le catalogue d’Audio Technica, nous n’avons pas encore la platine idéale pour faire fonctionner parfaitement ce type de cellule. Car pour s’adapter idéalement à une AT-MCD1, vendue 11 000 € en Europe, il faut évidemment l’intégrer à un système dont le préampli phono est de la même catégorie, puis à des amplificateurs et enceintes capables d’en retranscrire toutes les nuances harmoniques.
VU : Merci pour ces réponses. Pour ouvrir sur l’avenir, comment voyez-vous évoluer l’écoute sur vinyle dans les prochaines années ?
YK : Je pense que le marché va continuer de se développer, mais peut-être moins rapidement que lors de la dernière décennie. De nos jours, tout va très vite et le vinyle permet de revenir à une écoute plus posée, donc de prendre plus et mieux le temps pour soi et pour la musique que l’on aime.
Chez Audio Technica, nous avons des cellules allant de 19 € à 11 000 € et nous tenons à maintenir toutes ces catégories, notamment pour continuer à attirer les jeunes générations à l’écoute analogique. Nous tenons à maintenir l’intérêt pour le vinyle, qui reste un objet très à part dans l’histoire de la musique.
Merci Yosuke Koizumi.









