Créée en 1988, l’entreprise Solen nous vient tout droit de Grenoble et a longtemps développé uniquement des amplificateurs, notamment les intégrés hybrides Tigre, bien plus vendus à l’export sous la marque Ensemble qu’en France sous leur nom d’origine. Entrée dans une nouvelle ère depuis une décennie, la manufacture alpine s’est lancée récemment dans la fabrication d’enceintes, dont elle propose déjà deux modèles à son catalogue, tous deux basés sur la technologie de diffusion des graves HEL.
À la plus petite HELya en métal, nous avons privilégié de découvrir dans un premier temps la plus imposante Solen HELios, grande enceinte bibliothèque de 48 cm de hauteur, dont les haut-parleurs Scan-Speak s’accordent à de jolis panneaux latéraux en bois de merisier et à un système de double-filtrage.
Encore discrète sur le marché français, la marque grenobloise Solen fête pourtant cette année les trente-cinq ans de sa création. Longtemps associée à ses amplificateurs, l’entreprise s’est renouvelée en 2015 pour pénétrer le marché des convertisseurs numériques avec son MuDac-300, directement dérivé des technologies développées sur FPGA pour l’aéronautique par une autre branche du groupe, avant de se lancer plus récemment dans la conception d’enceintes.
Aujourd’hui au nombre de deux, ces modèles compacts se démarquent avant tout par un brevet développé par Frédéric Gautier et éprouvé par son proche collaborateur Daniel Galazzo, dénommé HEL pour « Hybrid Enclosed Line ». Disponible avec l’HELya dans sa caisse en métal, que nous vous présenterons plus tard dans l’année, ce système pensé dès 2019 pour reproduire le son d’une enceinte à pavillon tout en restant plus discret a pu être amélioré pendant le confinement, afin de donner naissance en 2022 à l’HELios, testée pour vous aujourd’hui.

Basée sur un tube horizontal derrière le haut-parleur médium-grave Scan-Speak de 16,5 cm (6,5’’), la technologie HEL offre une onde très courte parsemée de pièges acoustiques, définis par des alvéoles qui diffusent les résonances autour du noyau et limitent celles résiduelles au-dessus de 450 Hz, avec une quasi-disparition des ondes dans la caisse dès 150 Hz grâce à la fente d’accord de ligne placée juste au dos du haut-parleur.
Comparée à des prototypes construits sur les classiques modèles bass-reflex, prévus pour emporter les graves jusqu’à l’évent de sortie, la technologie HEL a permis d’identifier une tenue dans le grave bien meilleure jusqu’à 35 Hz, sans effet d’interférence ni de caisse et avec une netteté affinée des transitoires. Après de nombreuses mesures, les ingénieurs ont validé sans plus de discussion le procédé pour l’intégrer à l’HELios.
Au-dessus du haut-parleur médium-grave placé au centre de l’enceinte, un tweeter lui aussi en provenance du danois Scan-Speak gère les aigus avec une coupure définie à partir de 2,5 kHz.
D’une conception en deux voix, les haut-parleurs sont associés à des filtres placés sur des circuits imprimés reliés par des câbles en cuivre, qui utilisent des condensateurs polypropylènes SCR auxquels s’ajoutent des correcteurs pour éradiquer les résonances de basses et de Helmholtz, afin d’obtenir une courbe la plus plate possible. Ils s’intègrent sur une caisse en MDF, renforcée de chaque côté par deux beaux panneaux en merisiers alpins.
À l’arrière de l’enceinte, se remarque en plus des borniers placés vers le bas sur une rupture diagonale du caisson, la partie finale de la technologie HEL, où le noyau principal est bouché pour laisser l’air s’exporter par les embouchures secondaires tout autour.
L’INSTALLATION DU SOLEN HELIOS
D’un volume relativement important pour des compactes, les HELios sont de grosses bibliothèques qui rappellent par leurs dimensions l’AT13 du manufacturier Atlantis Lab. Elles sont donc à placer à une hauteur relativement basse, idéalement sur des pieds de 50 cm de haut comme les SS-5 de Solidsteel, là où nous avons pour notre part utilisé nos SS-7, en alternance avec des pieds Linn plus bas et au socle plus large, donc mieux adaptés bien qu’un peu moins efficaces contre les vibrations.
D’une sensibilité de 91,5 dB, ces enceintes Solen sont faciles à dynamiser et n’ont posé aucun problème à être associées avec notre petit Luxman SQ-N150 de seulement 2 x 10 W, en plus de s’y accorder par la matière qu’il leur a procuré. Nous les avons également branchées à des amplificateurs plus puissants, sans que celles-ci ne saturent ni ne montrent de grandes limites dans la retranscription des graves ou des aigus, même à fort volume.
LE SON DU SOLEN HELIOS
D’une sonorité très ouverte, les HELios donnent l’impression de libérer tout de suite l’air créé par les ondes sonores. Sans bruit de caisse, les grosses bibliothèques de Solen peuvent laisser s’exprimer la musique instantanément en envoyant le son bien en face, sans chercher à créer trop de largeur ou de hauteur de scène, mais sans non plus s’assimiler à des enceintes monitoring. Écartées d’environ trois mètres entre elles, elles délivrent surtout une grande profondeur en plus d’une sonorité très équilibrée, pour laquelle ne dépare aucun registre ni ne ressort d’effet de coupure lors du passage entre le tweeter et le haut-parleur médium-grave.
Sur le Stradivarius d’Anne-Sophie Mutter lors de sa « Devil’s Dance » avec John Williams, les timbres s’invitent avec un beau respect grâce aux membranes Scan-Speak, jusqu’aux aigus les plus hauts, sans que la sonorité du violon ne se montre jamais agressive, même lorsqu’elle se veut volontairement aigre.
Également très ouvertes, les basses donnent l’impression elles-aussi d’être très aérées, ce rendu provenant évidemment de la technologie HEL, particulièrement profitable aux sonorités naturelles, notamment celles d’orchestres et d’instruments réels. Pour les registres graves des rappeurs français ou – souvent mieux travaillés – des chanteurs de R&B américains, la clarté et l’aération s’adaptent un peu moins, tout en ne saturant pas avant de descendre très bas en fréquence.
Sur ces musiques comme sur nos écoutes d’opéras ou de soul, les voix se posent sur l’avant de l’image et laissent à l’arrière une scène étendue, qui donne la sensation d’une grande liberté des ondes sonores, avec toujours cette notion d’air et de rapidité dans les réponses, en plus d’une très belle netteté des transitoires. Par cette typicité sonore, le grave moins tendu que sur d’autres modèles se mêle au médium sans jamais mettre en difficulté le haut-parleur dévolu à toute cette partie du spectre, parfaitement associé sans effets de rupture ni de résonance avec l’aigu lorsque la fréquence dépasse les 2,5 kHz.

NOTRE CONCLUSION
Avec une conception inédite dans la gestion des graves et une volonté de reproduire au plus juste les timbres en aérant la scène sonore, Solen entre sur le marché des enceintes pour devenir un fabricant audiophile complet. À associer aux amplificateurs de la marque comme à des modèles de milieu de gamme, les HELios permettent par la qualité de leurs haut-parleurs et par la gestion des ondes internes et externes d’offrir une sonorité très libre avec une belle profusion de détails, surtout remarquable sur la profondeur de l’image.
Par leur caractère, elles s’adapteront tout particulièrement à des musiques naturelles, jusqu’à promouvoir les grandes masses des plus grands requiem et des plus denses symphonies, avec une très bonne définition des instruments complexes comme l’orgue, dont on profite par exemple encore à plein même lorsqu’il est couvert par le chœur dans une œuvre comme la Symphonie n°8 de Mahler (version Dudamel, DG).
Auteurs : Vincent Guillemin
Fiche technique : SOLEN HELIOS
- Origine : France
- Prix : 4 380 €
- Dimensions : 480 x 240 x 310 mm
- Poids : 12,5 kg
- Réponse en fréquence : 35 Hz-20 kHz
- Impédance : 4 ohms
- Sensibilité : 91,5 dB ; 2,83 V/1 m
- Puissance admissible : 55 W
Paru dans VUMETRE N°51
VUMETRE N°51
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