Conçus et fabriqués aux États-Unis, les appareils Rogue Audio sont encore assez méconnus en France, bien qu’ils fassent état d’une musicalité et d’un rapport qualité-prix excellents, comme le démontre l’intégré d’entrée de gamme de la marque, le Sphinx, qui en est aujourd’hui à sa 3e version. Avec deux tubes 12AU7 dans la section de préamplification et une amplification Hypex en classe D, le plus petit Rogue Audio laisse ressortir un son moelleux et chaleureux, en plus d’offrir une puissance confortable tant aux enceintes qu’aux casques. Cerise sur le gâteau : il possède maintenant une entrée phono adaptable aux cellules MM et MC ! Découvrons ensemble le Rogue Audio Sphinx v3…

Très bien construit à la main aux États-Unis sous la direction de l’ingénieur Mark O’Brien, le Rogue Audio Sphinx v3 introduit une gamme de trois intégrés Rogue Audio. Moins volumineux, il utilise les mêmes composants et la même conception hybride que le plus gros Pharaoh II (250 W sous 8 ohms), tandis que le Cronus se démarque par une triplette de doubles triodes 12AX7 et surtout une amplification sur quatre pentode KT120. Avec ses deux doubles triodes 12AU7 (également référencées ECC82), le Sphinx v3 peut être utilisé comme un pur préamplificateur ou encore comme un ampli casque, tandis que sa fonction première d’amplificateur intégré vient profiter sur l’étage de sortie de puissance d’une carte Hypex UCD180 par canal, en topologie classe D.
L’ampli casque possède son propre étage de sortie totalement discret sur Mosfet, tandis que la gestion du volume est déléguée à un potentiomètre ALPS 100KAX2 de 100 kilo-ohms, le tout placé sur un circuit imprimé sur lequel est utilisé du cuivre pur en quantité conséquente. Placée à l’arrière dans l’appareil, l’alimentation est dévolue à un gros transformateur toroïdal de 375 VA adapté sur mesure pour Rogue.
Sur sa face avant en aluminium usiné, le Rogue Audio Sphinx v3 laisse apparaître en haut à gauche son logo au corbeau (rogue en anglais), en blanc ou noir selon la couleur noire ou argentée du modèle choisi. Au-dessous, un bouton Power en plastique se presse pour mettre les tubes sous tension, une fois que l’on a actionné l’interrupteur à l’arrière de l’appareil. Une LED orange prévient que le Sphinx v3 est en veille, l’autre d’abord rouge annonçant qu’il est en chauffe, pour passer au bleu lorsque l’amplificateur est fonctionnel.
Au centre, une prise jack 6,35 mm permet d’intégrer un casque, tandis que la droite de la façade laisse place à trois molettes plastifiées, la première pour choisir l’une des quatre entrées, la seconde pour la balance et la dernière pour gérer le volume sonore. Livrée de série, une télécommande « squelette » en plastique transparent offre trois boutons, juste faits pour ajuster à la hausse ou à la baisse le volume, ou pour le couper (Mute). En option, on peut choisir la télécommande en métal des gammes supérieures de la marque américaine.
À l’arrière, tout est au plus simple avec quatre paires de borniers RCA, trois entrées lignes (dont la première recommandée pour les lecteurs CD) et une entrée phono, qui depuis la version 3 sert à lire tant des cellules MM que les cellules MC, avec une adaptation du gain respective de 44 et 60 dB, en plus d’une lecture sur courbe RIAA ajustable en impédance, à condition de dévisser le capot et de jouer avec les paires de switches en suivant la notice. De série à 47 kilo-ohms pour les cellules à aimants mobiles, l’impédance peut être modifiée sur sept paliers pour les cellules à bobines mobiles, de 30 ohms à 1 kilo-ohm.
Deux paires de borniers RCA viennent s’ajouter en sortie, fixe pour ajouter un amplificateur de puissance ou bi-amplifier ; variable pour s’ajuster au mieux à un subwoofer. Et évidemment, placées de chaque côté et reliées par des câbles aux étages de puissance en interne, deux paires de borniers d’enceintes permettent d’intégrer une paire d’enceinte en fourche ou banane, avec un facteur d’amortissement très conséquent puisqu’annoncé par le fabricant à plus de 1000, raison pour laquelle les distorsions liées aux contre-réactions se montrent si faibles à l’écoute.
L’installation
De volume, dimensions et poids conventionnels pour un amplificateur haut de gamme, le Rogue Audio Sphinx s’intègre dans n’importe quel environnement, à condition qu’on veille à lui relier des sources en RCA, puisqu’il ne possède que des entrées asymétriques. D’une puissance déjà confortable, avec surtout un facteur d’amortissement très important, il offre une énergie suffisante pour nos difficiles Jern 15H et se montre parfaitement à l’aise avec des enceintes plus sensibles comme nos Closer Ogy ou les Solen HELios (testées dans ce même numéro).
Une vérification sur EgglestonWorks Emma Evo nous a également confortés sur sa capacité à alimenter des colonnes plus conséquentes, notamment dans le grave, mais comme les borniers d’enceintes du Sphinx v3 sont assez rapprochés et petits, nous avons privilégié des câbles assez légers de la gamme Nordost Heimdall et Esprit Célesta, plutôt que les Lumina du fabricant français que nous avions encore en prêt. D’abord testé sur ses entrées lignes, le Rogue Audio Sphinx v3 a été ensuite comparé sur son entrée phono à notre Gold Note PH10. Et comme cette version 3 permet maintenant de l’associer à des cellules MC, nous avons pu l’écouter non seulement sur Nagaoka MP-200 (MM), mais encore sur les MC Hana ML et Skyanalog P1.

Le son
À peine mis sous tension et la petite LED rouge passée au bleu, le Rogue Audio Sphinx v3 étonne par sa rondeur et sa chaleur. Les tubes de préamplification ne sont pas encore tout à fait chauds, que les modules de puissance en classe D surprennent déjà par leur souplesse, loin du son dur ou trop numérique que l’on peut parfois entendre avec ce type d’amplification. Ici au contraire, on croirait presque avoir affaire à un classe AB avec les premiers watts en classe A, tant le rendu se veut musical et ouvert, en plus de se montrer véritablement chaleureux.
Écouté en comparaison à un amplificateur bien plus cher, le plus petit des intégrés Rogue Audio ne souffre jamais de la comparaison et s’il n’offre pas tout à fait la même scène sonore ni la même précision, il ne dépare jamais dans la qualité de retranscription des informations, même quand elles proviennent d’une source très précise. Parfaitement placé dans sa gamme de prix, bien qu’il soit plus cher que la précédente version, le Rogue Audio Sphinx V3 fait preuve d’une vraie rondeur en même temps qu’il timbre très bien, avec une préférence dans le médium.
Même à bas volume, il parvient sans problème à fournir une énergie suffisante à nos Jern 15H ou à des colonnes relativement gourmandes et à des niveaux sonores très faibles, son potentiomètre parvient à maintenir un maximum d’informations et offre une écoute déjà très détaillée, encore très souple lorsque l’on monte vers de forts volumes sonores. Alors et surtout sur des grandes masses symphoniques et chorales, la scène perd quelque peu en netteté tout en plaçant très bien les voix solistes sur l’avant, tandis qu’à des niveaux trop élevés, les sons électroniques se brouillent sur les musiques modernes, principalement dans le haut du spectre.
Pour tester sa prise casque à alimentation autonome, il nous a fallu non seulement brancher le casque, mais encore passer en Mute avec la télécommande, afin que l’étage de sortie vers les enceintes soit commuté et qu’il ne reste de fonctionnel dans l’intégré que l’étage de préamplification (donc la gestion du volume et les entrées sources), en plus du module d’amplification du casque. Alors, la petite LED repasse au rouge, et la musique ne sort plus que du casque, légèrement moins bien timbrée et moins chaleureuse qu’avec les enceintes, mais d’une puissance et d’une souplesse là encore suffisantes pour s’adapter à des casques gourmands, dont notre ortoplanaire Kennerton Thror.
Capot ouvert afin de pouvoir modifier le duo de switches pour adapter le gain et l’impédance en fonction des cellules (étape à ne réaliser qu’une seule fois si l’on n’a qu’une cellule, et même à ne pas réaliser du tout si on lui adjoint une platine avec cellule MM, déjà préparamétrée), le Rogue Audio Sphinx de la marque au corbeau perché peut chanter avec la même plénitude. D’une finesse de retranscription quasi égale à nos préamplis phono séparés de moyen de gamme, il impressionne là encore autant avec une cellule MM que MC, même si les premières lui conviennent mieux, avec une rondeur qui ne cherche pas un son brut de décoffrage, par exemple sur du rock, mais une souplesse et un confort d’écoute de tous les instants.

Notre conclusion
Nos confères de Stereophile nous avais soufflé d’écouter cette marque lorsque nous les avions croisés à Varsovie ; nous les remercions pour l’idée ! Un peu grossier dans son apparence à l’américaine, sans chercher à flatter par ses molettes plastifiées ou son design très classique, le Rogue Audio Sphinx V3 est une véritable machine musicale, superbe dans toutes ses utilisations, qu’il s’agisse d’une amplification vers enceintes ou vers un casque.
Aussi impressionnant sur son entrée phono maintenant disponible aussi (et paramétrable sur sept impédances) pour les cellules à bobines mobiles, le plus petit intégré de Rogue Audio mérite d’être comparé à toutes les références de sa gamme de prix, et même à des références deux fois plus chères, pour vérifier s’il n’est pas déjà largement suffisant pour offrir un plaisir à l’écoute de tous les instants. Et s’il manque de puissance pour de trop grosses enceintes, il sera toujours possible de lorgner vers le plus gros Pharaoh II, ou encore vers les éléments séparés ampli-préampli du fabricant, dont on espère voir plus de produits chez de nombreux revendeurs en France et en Belgique dans les années à venir.
Fiche technique : Rogue Audio Sphinx v3
- Origine : Etats-Unis
- Prix : 2 500 €
- Dimensions : 431,8 x 127 x 397 mm
- Poids : 11,3 kg
- Type d’amplification : Classe D ; préamplification à tubes
- Puissance nominale :
- 100 W sous 8 ohms
- 200 W sous 4 ohms
- Distorsion harmonique (THD) : <0,1 %
- Réponse en fréquence : 5 Hz-20 kHz ; +-1 dB
- Section phono : 44/60 dB MM/MC
Paru dans VUMETRE n° 51
VUMETRE N°51
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