Après avoir développé les technologies des panneaux isodynamiques inspirées par Magnepan, d’abord avec les DP-77 et DP-107, puis avec un autre design pour les DP-140 et DP-160, où le tweeter ressortait du panneau central pour venir s’incruster dans la structure latérale en bois, les deux créateurs montalbanais de Diptyque Audio, Gilles Douziech et Éric Poix, renforcés de deux jeunes collaborateurs, se sont attelés à un produit très haut de gamme.
Nommée Référence (cf. test VUmètre n°42, Remarquable), cette paire de panneaux de 1,80 m de haut et d’un tarif supérieur à 40 000 € donne à présent naissance à deux nouveautés plus abordables, basées exactement sur le même design bien plus classieux que le précédent, les Diptyque Audio DP140 MkII et DP160 MkII.Le plus petit des deux est aujourd’hui mis à l’épreuve pour révéler des sonorités toujours aussi naturelles et une ampleur de scène inhabituelle.
Diptyque Audio offre une cure de jouvence à ses célèbres enceintes isodynamiques DP140. Présentées sous l’appellation Diptyque Audio DP140 MkII, elles mettent en œuvre deux cellules isodynamiques pour la restitution du grave et du médium. Celles-ci fonctionnent suivant le principe PPBM exclusif à la marque, fruit de plus de dix ans de recherches, d’innovations et d’optimisation.
Leur structure mécanique est héritée du modèle Reference de Diptyque Audio. La restitution de l’aigu est confiée à un nouveau tweeter à ruban. Doté d’un ruban de 55 mm de long, il dispose d’une réponse en fréquence particulièrement étendue qui offre à ces nouvelles enceintes une cohérence et un naturel incomparables.
Reste que la technologie isodynamique diffère fondamentalement de celle mise en œuvre sur la filière électrodynamique qu’exploitent les haut-parleurs conventionnels. Maîtriser cette technologie est un véritable défi que seul un nombre extrêmement restreint de producteurs d’enceintes acoustiques se risque à relever.
Dans le cas de Diptyque Audio, c’est la rencontre de deux passionnés de haute fidélité qui a fait naître la marque. Gilles Douziech et Éric Poix, tous deux à la recherche du système capable de répondre à leur exigence de naturel et de pureté, ont consacré leur énergie à reconsidérer chaque problème et rechercher des optimisations pour être en mesure de proposer des productions au comportement incomparable.
À l’époque, Gilles Douziech, étudiant en électronique âgé de 19 ans, a l’opportunité de pouvoir effectuer un stage auprès de Marcel Rochet, concepteur des enceintes Mulidine. C’est l’occasion pour lui de vivre sa passion tout en assimilant des notions complexes d’acoustique. À celles-ci s’ajoutent les incontournables études d’électronique nécessaires à la mise au point de filtres capables de travailler en symbiose avec les haut-parleurs les plus variés.

Éric Poix, pour sa part, est spécialiste en mécanique et en ferronnerie. Lui aussi à la recherche de la pureté sonore absolue, il n’a cessé de faire évoluer son système d’écoute. De plus, ses compétences l’ont rapidement conduit à concevoir des supports d’enceintes neutres sur le plan acoustique grâce à leur grande rigidité. C’est donc de cette union de deux experts aux compétences complémentaires qu’est né Diptyque Acoustique. Mais, après avoir exploré de nombreuses filières, aucune technologie ne les satisfaisait pleinement.
C’est alors que la filière isodynamique, également baptisée haut-parleurs magnétostatiques, leur est apparue comme étant la plus prometteuse. D’autant plus que la maîtrise des structures ultra résistantes par Éric Poix offrait la possibilité d’envisager de nouvelles solutions mécaniques pour concevoir les pièces essentielles de telles enceintes.
La conception de cadres ultra rigides, entre autres, autorise une tension de membrane parfaite. Au fur et à mesure de la conception de prototypes, Diptyque Audio a aussi apporté de nombreuses améliorations à cette filière. L’une des plus importantes concerne l’utilisation de puissants aimants néodymes placés de part et d’autre de la membrane afin que les circuits magnétiques qu’elle porte évoluent au sein d’un champ constant durant leur déplacement. Cette architecture, baptisée Push Pull Bipolar Magnet, garantit un contrôle parfait des déplacements de la membrane.
Toujours pour respecter la neutralité acoustique de ces enceintes, leur cadre se base sur un assemblage de coches fines de MDF, de feutrine et de plaques de tôles. Une association complexe de matériaux qui a prouvé son efficacité et la qualité d’écoute qu’elle propose.
La technologie magnétostatiques, bien qu’elle soit délicate à mettre en œuvre, dispose de nombreux atouts. En premier lieu, la diffusion d’une onde plane depuis une grande surface garantit une sensation d’immersion sonore sans effet de projection du son.
De plus, le fonctionnement en dipôle de telles enceintes recrée la spatialisation du son nécessaire pour retrouver le comportement d’une salle de concert. De plus, l’utilisation de membranes en Mylar ultra-mince de 12 microns d’épaisseur garantit un tempérament vif et dépourvu de traîne. Dans le même esprit, l’utilisation de la même membrane sur l’intégralité du spectre audible préserve la cohérence du message sonore. Enfin, l’absence de charge acoustique élimine l’effet de « boîte » à l’origine de certaines colorations indésirables.
Enfin, le tweeter qui équipe les Diptyque Audio DP140 MkII a été spécifiquement conçu à leur attention. Il se base sur un ruban issu du même film Mylar que les cellules principales. Ce ruban dispose d’une longueur conséquente de 55 mm, ce qui lui permet de descendre relativement bas. Cette réponse en fréquence étendue du tweeter offre aux Diptyque Audio DP140 MkII un raccordement très progressif entre le tweeter et les cellules isodynamique. De plus, elle autorise l’utilisation de filtres à faible pente : 6 dB par octave. Cette transition en douceur garantit au médium un naturel et un réalisme impressionnants. L’écoute de piano à queue, entre autres, met en évidence ce comportement.

L’UTILISATION DU DIPTYQUE AUDIO DP140 MKII
Découverts au Salon High-End de Munich 2023 dans la même salle que le B.Audio Alpha One testé dans ce même numéro, les Diptyque DP140 MkII ont pu être réécoutés avant l’été lors de notre visite chez le fabricant à Montauban, avec une amplification Jadis et des câbles Esprit Lumina, puis à nouveau avec ces câbles lors du Paris Audio Vidéo Show d’octobre, cette fois reliés à un couple ampli-préampli Atoll de la série 400 et à la source réseau ST300.
Afin d’affiner encore nos tests, nous avons pu réécouter les panneaux consciencieusement et au calme dans la grande salle de L’Auditorium Parisien, revendeur de la marque, avec des câbles Cardas sur des appareils Moon, puis sur l’amplificateur Mark Levinson 5805 relié à une source dCS.
Surtout, ces derniers essais nous ont permis de vérifier le meilleur placement des panneaux dans une grande pièce et leur réponse effective. En dernière analyse, nous avons pu considérer les différences très perceptibles selon que l’on choisisse de placer les tweeters vers l’intérieur ou vers l’extérieur, puisque contrairement à la grande majorité des enceintes ou même des panneaux électrodynamiques, les DP140 MkII sont à l’instar des modèles Références symétriques, donc l’un avec le tweeter à gauche et l’autre à droite.

LE SON DU DIPTYQUE AUDIO DP140 MKII
Maintenant basés sur le design et les technologies développées pour la série Référence, les nouveaux Diptyque DP140 MkII – bientôt suivis des DP160 Mk I – se présentent comme des copies réduites, visuellement comme par leur sonorité. Principalement écoutés avec les tweeters vers l’extérieur, ces panneaux offrent immédiatement une grande ouverture sonore, particulièrement passionnante pour imager les scènes live de certains enregistrements.
Par exemple, nous avons commencé avec les Variations Goldberg dans la captation studio très pure mais très technique de Christopher Tarnow pour Víkingur Ólafsson, mais celui-ci, dans lequelle nous avions déjà remarqué une inversion des registres graves et aigus par rapport à l’écoute habituelle d’un piano enregistré, perturbe encore plus avec les DP140 MkII.
À l’inverse, le live de Lang Lang pour la même œuvre nous a immédiatement fait entrer en plein milieu de la Thomaskirche de Leipzig, comme si nous étions présents dans l’église pendant le concert. Toujours du même chef-d’œuvre de Bach, le live de Xu Xiao Mei enregistré à l’abbaye de Saint-Riquier donne la sensation instantanée d’avoir changé de lieu, et comme pour le concert de Lang Lang, toujours en nous laissant presque croire que l’on fait partie du public, transporté un glissement de doigt sur l’iPad d’une église à une autre, pourtant distantes de plus de mille kilomètres.
Avec un tel réalisme, nous avons ensuite eu envie de visiter Cologne grâce au Köln Konzert de Keith Jarrett, où le seul fichier Hi-Res retrouvé aujourd’hui sur Qobuz place le pianiste très à droite, cette impression musicale renforcée ici par l’image parfaitement matérialisée grâce aux panneaux isodynamiques montalbanais. L’effet fonctionne aussi avec un opéra live, où l’on peut parfaitement reproduire visuellement les placements scéniques des chanteurs et leurs mouvements sur une scène de grande ampleur.
Les masses importantes ne sont jamais un problème non plus, les éléments s’affinant si l’on améliore la source (de Moon vers dCS dans notre cas), tandis que le changement d’un amplificateur Moon 340i vers Mark Levinson 5805 nous a surpris. Car là où nous avions déjà fait cette même évolution avec des enceintes par le passé, et trouvé un son tout de suite plus volumineux et plus rapide avec l’ampli américain, relié aux DP140 MkII par des câbles Cardas, celui-ci a juste apporté un petit surplus de vitesse ainsi qu’une amélioration du raffinement.
Alors, nous avons pu mieux cerner les impressions ressenties lors des précédentes écoutes, où malgré la variété de lieux et des appareils très différents en amont, nous avions reconnu une sonorité très proche entre les salons de Munich et Paris, démontrant que les panneaux sont moins sensibles à l’amplification que beaucoup d’enceintes conventionnelles, et qu’un bon amplificateur d’une gamme de tarif de 3 000 € à 4 000 € peut déjà largement les faire chanter.
Une fois les DP-140 MkII inversés afin de placer les tweeters à l’intérieur, le son s’est immédiatement resserré pour devenir, en rapprochant les panneaux entre eux sur la largeur, d’un style plus monitoring et développer la finesse et les détails, au détriment de l’ampleur de la scène sonore. En images, cela donnait l’impression auparavant de profiter de Nick Cave ou d’un pianiste en étant placé dans la salle de concert, tandis qu’avec les tweeters au centre, nous pensions plutôt avoir amené ces artistes dans notre salon. Il s’agit ici surtout d’une affaire de goût, mais dans une grande pièce, nous vous conseillons vivement d’excentrer les tweeters pour profiter à plein de toute l’amplitude offerte par ces nouveaux Diptyque.

NOTRE CONCLUSION
Forts de leur savoir-faire et de leur maturité, les créateurs de Diptyque Audio font à nouveau mouche avec les DP140 MkII. Directement issus des travaux et des longs développements des modèles Référence, ces panneaux plus petits surpassent largement les anciens modèles, DP140 comme DP160, en plus de se montrer beaucoup plus classieux par leur design et donc bien plus flatteurs s’ils doivent être intégrés dans un salon.
Évidemment cela a un prix, supérieur de 2 000 € à celui de l’ancienne génération de DP-160, mais il est justifié par le gain musical. D’un grand naturel dans la reproduction, les DP140 MII ne surprennent pas tant par des timbres dont on se doutait qu’ils seraient impeccablement respectés, que par le réalisme de l’image et, si l’on a bien placé les tweeters vers l’extérieur, par l’ampleur de la scène sonore, à même de nous faire participer de chez soi à tous les grands concerts enregistrés en live depuis un siècle.
Auteurs : Estève Fabry et Vincent Guillemin
Fiche technique : Diptyque Audio DP140 MkII
- Origine : France
- Prix : 14 000 €
- Dimensions : 1410 x 483 x 470 mm
- Poids : 38 kg
- Sensibilité : 87 dB/1 W/1 m
- Structure : 2 voies
- Réponse en fréquence : 35 Hz -20 kHz
- Impédance : 6 ohms
- Amplification : Max. 180 W ; recommandé >60 W
Paru dans VUMETRE N°50
VUMETRE N°50
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