Apparu dans l’univers de la hi-fi avec un amplificateur tout-en-un révolutionnaire, Devialet s’est ensuite concentré sur une écoute résolument moderne et une cible musicale plus large, au risque de ne plus attirer les audiophiles ni certaines catégories de mélomanes. Malgré cela, un peu à la manière de B&O, mais en étant tout de même plus concentrée sur la qualité de la reproduction sonore, la marque garde son importance sur le marché audio et mérite que l’on s’y intéresse.
Alors, pour reprendre avec un modèle accessible avant de nous pencher prochainement sur l’Astra, nous nous sommes intéressés à la nouvelle enceinte connectée Phantom Ultimate 98 dB. Mais parce que nous conservons une approche hi-fi, et pour tenter d’apporter une analyse différente des articles déjà nombreux sur le produit, nous en avons évidemment demandé deux unités. Dans cette configuration, nous avons pu les écouter principalement en stéréo. Et sûrement parce que nous aimons beaucoup la musique classique et lyrique, nous avons reçu pour ces tests la version Opéra de Paris. On vous raconte.
En tant que média de haute-fidélité avec une forte tendance à tester majoritairement des produits traditionnels (couples ampli-préampli, platines vinyles, lecteurs CD) et parfois très haut de gamme, il serait tentant de fermer complètement les yeux sur le tout-en-un. Pourtant, analyser ce que l’on trouve dans cette catégorie nous semble au contraire très important, d’autant qu’intégrer l’amplification dans les enceintes est loin d’être antinomique, au contraire…
Dans une vision conservatrice (et hautement défendable) de l’ultra high end, plus on sépare les éléments, mieux ceux-ci sont isolés les uns des autres, avec la possibilité de faire passer le signal le plus pur possible. Mais dans une vision tout aussi acceptable, au moins jusqu’aux produits positionnés dans le moyen et même haut de gamme, le fait d’intégrer l’amplification dans les enceintes permet de quasiment supprimer le câble HP et ses caractéristiques, ainsi que d’amplifier chaque haut-parleur indépendamment dans l’enceinte. Le fait d’ajouter la source et la préamplification dans le même coffrage est avant tout une caractéristique importante en termes d’ergonomie, notamment pour toucher certains publics qui ne veulent plus imaginer une chaîne avec trois boîtiers séparés et de grosses enceintes au milieu de la pièce.
Pour toutes ces nouvelles utilisations, les enceintes connectées se sont profondément démocratisées depuis une vingtaine d’années. Pour la plupart, disons-le franchement, avec des sons allant de très mauvais à catastrophique ; en tout cas si l’on cherche autre chose que des basses dégoulinantes et un aigu flatteur voire racoleur. Alors, à sa manière, l’entreprise française Devialet a cherché à toucher en partie cette cible plus jeune et plus connectée, mais en restant sur des standards sonores qui méritent d’être évoqués ici.
Avec la nouvelle gamme de Phantom, maintenant nommée Ultimate, restent au catalogue deux modèles différents. Pour les spécialistes, ceux-ci se distinguent par leur courbe de sensibilité ; pour les néophytes, par leur taille. Le plus gros modèle, équivalent au premier sorti dans la version précédente (2015), est donc aujourd’hui défini dans sa nouvelle mouture « Ultimate 108 dB » ; le plus petit – celui de notre test – devient « Ultimate 98 dB ». Ici, cette donnée définit donc la pression acoustique maximale (SPL), exprimée dans l’unité logarithmique bien connue : le décibel (dB).

OBJET DESIGN, MODERNE & DISCRET
Sur le modèle qui nous intéresse, la profondeur totale du châssis n’est que de 21,9 cm, pour une hauteur de 16,8 cm et une largeur de 15,7 cm, soit les dimensions d’une enceinte logeable n’importe où et pouvant se faire extrêmement discrète. Dès leur sortie, les Ultimate ont été disponibles en noir (Deep Forest) ou blanc (Light Pearl) au tarif de 1 500 € l’unité, ou avec des flancs dorés (Gold leaf) pour la version Opéra de Paris, à 1 800 €. Sur cette dernière, les plaques latérales ne sont plus d’une finition miroir brillante, mais soigneusement recouvertes de feuilles de moongold par les Ateliers Gohard, à Paris (https://www.ateliers-gohard.com/). La puce Bluetooth n’est pas encore la dernière 5.3, qui n’était pas sortie au moment du développement, mais celle juste avant, la 5.2, déjà très fiable, bien que notre rigueur nous porte à vous conseiller toujours pour le moment d’améliorer la qualité du signal par l’utilisation du Wi-Fi 5 (2,4 GHz et 5 GHz) ou de la liaison Ethernet RJ45 (100/1 000 Mbps).
Une entrée optique mini-Toslink peut aussi servir, notamment dans le cas d’une utilisation home-cinéma. Mais la plupart d’entre vous privilégieront sans doute d’envoyer des fichiers directement par les applications de streaming, pour lesquelles les Phantom Ultimate sont largement compatibles, tant pour des transferts par AirPlay que Google Cast, Spotify Connect ou Tidal Connect, ou encore avec le très ouvert UPnP. Et preuve de l’intérêt certain pour la haute-fidélité de la part de Devialet, ces enceintes sont aussi Roon Ready.
PROUESSE TECHNOLOGIQUE
Que l’on veuille apprécier ou non le type d’enceintes que représente la Phantom Ultimate, on ne peut que reconnaître les valeurs technologiques du produit et le nombre de brevets qui y sont intégrés, pour une grande majorité d’entre eux basés autour du son. Dans une coque plastique lourde (chaque enceinte pèse 4,3 kg en tout), ressort sur l’avant une toute petite grille découpée directement dans le châssis. Sur les côtés, de manière bien visible, se démarquent deux haut-parleurs de grave. Synchronisés par le système breveté HBI® (Heart Bass Implosion), ces deux woofers latéraux descendent jusqu’aux fréquences de 14 Hz avec un impact qui doit beaucoup à la technologie temporelle redéfinie en interne sous le nom de SAM® (Speaker Active Matching).
La technologie ADH® (Analog Digital Hybrid) permet de lier les composants analogiques à ceux numériques, le traitement global des données étant réalisé à l’aide d’un processeur NXP iMX8 Nano 4 x 1,5 GHz et du système d’exploitation DOS3. Grâce à cela, un contrôle de volume adaptatif AVL™ (Adaptive Volume Level) accouplé à un égaliseur six bandes (voir captures d’écran ci-dessous) permet de paramétrer au plus fin l’écoute selon vos propres préférences. Et pour s’adapter à certaines situations en quelques clics, trois modes sont déjà préparamétrés : Musique, Cinéma et Podcast. Le second propose des basses plus profuses ; le dernier se veut plus précis et dans une optique plus monitoring.
De nombreux accessoires comme un pied Tree (« arbre », à 199 €), une accroche murale Gecko (comme le lézard, 149 €) ou une Remote (« télécommande » 189 €) permettront d’adapter parfaitement l’Ultimate 98 dB à votre pièce et de profiter de votre musique dématérialisée avec des taux d’échantillonnage pris en charge jusqu’à 192 kHz/24 bits.
L’INSTALLATION
Reçues dans leur version Opéra de Paris, les Phantom Ultimate 98 dB ont pu être écoutées séparément et appairées pour être testées principalement en stéréo. Comparées à un système haut de gamme avec des enceintes passives, elles ont été confrontées à d’autres écoutes hi-fi plus traditionnelles, puis positionnées partout, sur une cheminée, près d’une fenêtre, dans des pièces petites à volumineuses, décalées entre elles sur la hauteur, etc. Sans jamais être mises en défaut, ces enceintes actives françaises ont aussi été utilisées dans un contexte home-cinéma, mais surtout testées sur tous les styles de musique, avec parfois une modification des paramètres grâce à l’égaliseur six bandes. Le Wi-Fi a pu également être comparé à un branchement filaire à la box et au Bluetooth.
Faite pour fonctionner seule, cette enceinte active Devialet est aussi pensée comme un vrai produit musical à utiliser par paire dans une configuration stéréo. Pour cela, la mise en route prend quelques minutes après connexion au Wi-Fi afin de faire se reconnaître les deux enceintes entre elles, en précisant bien laquelle sera à gauche et laquelle à droite.

LE SON
Majoritairement écoutées couplées pendant nos essais, les Phantom Ultimate 98 dB sont toutefois faites aussi pour fonctionner indépendamment. Auquel cas, le son provient effectivement d’une seule source, mais la gestion des ondes est suffisamment bien travaillée pour donner déjà la véritable sensation d’une musique qui se sépare bien vers chaque côté. Alors, on peut même être parfois bluffé par l’impression de stéréo qui en émane, loin du rendu vraiment monophonique de nombreuses enceintes connectées concurrentes.
Une fois appairées, les nouvelles Phantom se démarquent des précédentes par une sonorité plus soignée, qui cherche toujours à développer le grave, mais en conservant une précision sur toute la bande passante. Si certains rejettent par principe l’objet, on avoue pour notre part que son côté aguicheur n’est pas pour nous déplaire au premier abord. Certes, le rendu le plus probant se retrouve sur des musiques modernes, notamment de l’électronique ou du rap américain, mais la polyvalence du produit est réelle, surtout en stéréo. En comparaison à un système beaucoup plus cher constitué d’éléments séparés, ou même à un système d’un prix équivalent avec enceintes passives et un ampli plus conventionnel, la Phantom Ultimate recherche moins la souplesse et le naturel, par exemple par rapport à des enceintes à haut-rendement ou à membranes papiers. En revanche, elle possède une dynamique et une gestion des basses très difficiles à retrouver à équivalence dans cette catégorie de prix, surtout si on doit prendre en compte un investissement groupé de la source, l’ampli, les enceintes et les câbles.
Rapprochées d’environ 1 m entre elles, elles savent proposer un son très directif avec une netteté qui prouve la qualité du module de streaming et de la technologie ADH d’abord, puis du DSP pour la cohérence globale ensuite. Comme attendu, mais avec des résultats plus concluants que pour de nombreux streamers, le Bluetooth est moins bon que le Wi-Fi. En revanche, dans un bon environnement, une fois que l’on a parfaitement connecté les deux Phantom à son réseau, le Wi-Fi est presque toujours aussi stable qu’une connexion filaire, qui ne nous semble donc vraiment pas nécessaire avec ces enceintes.
Dans l’analyse des fréquences, l’aigu monte haut et ne détimbre que dans le plus haut du spectre à très fort volume, ou occasionnellement avec des instruments comme certaines trompettes, que la petite Ultimate rend saillantes lorsqu’il faut en retranscrire un maximum d’harmoniques extrêmes. Par la précision recherchée, le médium ne tend donc pas vers la rondeur, mais lui aussi plutôt vers une forme de rectitude qui ne va pas à l’encontre d’une écoute flexible et d’une plastique sonore particulièrement modulable grâce à l’égaliseur.
Sans surprise, c’est toutefois le grave qui nous intéresse le plus. Tout particulièrement sur ce modèle 98 dB, où il possède moins de volume qu’avec l’Ultimate 108 dB, mais déjà pas moins de compression ni d’impact. Dans ce registre, cette nouvelle version de la petite Phantom impressionne. Car malgré sa taille, celle-ci n’a pas du tout besoin d’un caisson pour l’accompagner, même pour écouter de l’électro ou s’en servir avec des films d’action. Bien sûr, on pourra aller plus loin avec un subwoofer ou le modèle supérieur, mais en restant très logeables, les petites Phantom ne sont pas juste des relais à mettre à l’arrière d’un système home-cinéma 5.1. Elles sont au contraire de vraies faiseuses qui se suffiront totalement à elles-mêmes, surtout si vous investissez directement dans une paire. Avec cette nouvelle version Ultimate, la musique peut être décortiquée précisément, de même qu’être écoutée à bas volume sans que l’on ne perde en détail pour autant. Et en écoutant à plus fort volume, vous verrez comme la Phantom peut mettre l’ambiance !

NOTRE CONCLUSION
Petite par la taille, la Devialet Phantom Ultimate 98 dB ne l’est définitivement pas par la sonorité. Puissante, vive, d’une profusion impressionnante dans les basses, elle convainc aussi beaucoup par sa précision et l’étendue de sa bande passante. À cela, il faut ajouter l’ergonomie, puisqu’il suffit d’en brancher une et de la connecter au réseau électrique et Internet – voire juste en Bluetooth et sur une batterie autonome – pour profiter de toutes les musiques dématérialisées que l’on souhaite.
Par deux, elles peuvent se comparer à un système hi-fi à part entière, en simplifiant le nombre de composants et l’ergonomie. Et sur ce point, non seulement ces petites Phantom bénéficient de toutes les technologies des grandes, dont l’égaliseur six bandes, mais elles sont aussi déjà suffisantes pour s’adapter à un écran et décupler les effets des films d’action, ou même les musiques des comédies musicales. On vous conseille de tester.
ORIGINE :
France
PRIX :
1 500 € (Light Pearl ; Deep Forest)
1 800 € (Opéra de Paris)
DIMENSIONS :
168 x 157 x 219 mm
PUISSANCE :
400 W
ENTRÉES NUMÉRIQUES :
1 x optique Toslink ; RJ45 100/1 000 Mbps ; Bluetooth 5.2 ; Wi-Fi 5
RÉPONSE EN FRÉQUENCE
18 Hz – 25 kHz (+/- 6 dB)
SENSIBILITÉ :
98 dB (1 m)
TAUX D’ÉCHANTILLONNAGE :
Entrées : 192 kHz /24 bits
DSP : 96 kHz/32 bits
SERVICES DE STREAMING :
AirPlay ; Google Cast ; Spotify Connect ; Tidal Connect ;
UPnP ; Roon Ready (RAAT)
FINITIONS :
Deep Forest (noir) ; Light Pearl (blanc) ; Opéra de Paris (doré)








