En sortant le Aurender N30SA juste après le W20SE, en deux châssis et avec une approche encore plus jusqu’au-boutiste, la marque a tout simplement cherché à créer le meilleur transport numérique possible en remettant en cause toute l’architecture appliquée jusqu’ici à ses serveurs musicaux. Après une écoute sur un système très haut de gamme, pendant laquelle nous avons pu vérifier tant les qualités de l’appareil en streaming sur plateforme qu’avec des fichiers stockés dans sa mémoire interne SSD de 8 To, nous avons comparé le N30SA aux autres lecteurs de la gamme Aurender et ne pouvons qu’abonder dans le sens de la marque sud-coréenne : nous sommes bien en présence de l’un, voire du meilleur transport réseau au monde.
Avec la version SE du W20 présentée en 2020, on pensait qu’Aurender avait emmené le plus loin possible les technologies de lecture réseau numérique actuelles grâce à une révision appliquée du modèle précédent, dans le but de rendre encore plus parfait le nouveau modèle et sa batterie pour alimenter tous les composants audios. Pourtant, à peine un an plus tard était présenté le Aurender N30SA, né d’un développement parallèle et de l’aboutissement de dix années de recherche, nouveau modèle encore plus ultime grâce à une conception non plus intégrée à un unique gros boîtier, mais à deux boîtiers en aluminium, larges de 430 mm, hauts de 107 mm et profonds de 356 mm, tous deux bien remplis.
Très novatrice, cette structure en deux châssis n’est pas une habituelle séparation entre une alimentation dans le premier et la partie audio dans le second, comme on le voit chez beaucoup de constructeurs parfois dès leurs produits d’entrée de gamme. Avec le Aurender N30SA, la marquea développé un concept bien plus fort : placer tous les éléments perturbateurs et créateurs de bruits dans le même boîtier, et laisser l’autre le plus silencieux possible pour gérer uniquement les données audionumériques.

Alors, dans le châssis avec écran IPS LCD de 8,8’’ que l’on attendrait être celui délégué à la partie purement numérique, se trouvent au contraire tous les éléments générateurs d’interférences, donc non seulement les composants dédiés à faire fonctionner l’écran, mais encore l’alimentation linéaire à base de trois gros transformateurs sous caches plastiques, quatre imposants condensateurs ainsi qu’une batterie de secours et un processeur Intel Quad Core à faible puissance, auxquels s’ajoutent encore la mémoire interne SSD de 8 To et la mémoire vive SSD de 480 Go. Également sur ce châssis, une cavité peut servir à ajouter un autre disque dur pour agrandir encore l’espace de stockage, en plus des deux ports USB 3.0 pour insérer des disques externes et du port Ethernet LAN à double-isolation pour filtrer au maximum les bruits du réseau Internet.
Beaucoup plus sobre avec sa simple plaque d’aluminium en façade et sur laquelle n’importe qui aurait pensé au premier regard trouver l’alimentation électrique, le N30SA embarque dans le second boîtier seulement une alimentation secondaire hybride avec système de filtrage et régulation du courant par inductance, destinée à purifier encore l’électricité en provenance de l’autre boîtier. Mais surtout, c’est dans cette partie qu’est insérée entre des plaques de blindage la carte audio, créée sur la base d’un FPGA avec l’une des puces les plus puissantes du marché, en plus d’une horloge OXCO MV197 de référence.
Intégrées à ce châssis, les deux sorties coaxiales et l’AES/EBU se trouvent séparées entre elles à des distances critiques pour les isoler au mieux, au côté d’une prise coaxiale BNC prévue pour une horloge externe (75 Ω – 10 MHz, 12,8 MHz, 44,1-48 kHz) comme la MC20 (32 500 €) de la marque, et d’un module USB Audio lui aussi blindé. Ce dernier est dévolu ici non plus à insérer des disques durs externes comme dans l’autre châssis, mais bien à être utilisé comme la sortie audio la plus prolifique en données pour relier le DAC.
Protégés par une plaque supérieure en aluminium de 11 mm et par une plaque inférieure avec quatre pieds achevés par du liège, les deux châssis du Aurender N30SA sont tout à fait superposables, et doivent être reliés par deux câbles de 0,5 m et 1,5 m, éloignés le plus possible entre eux par les prises à l’arrière des appareils, afin de minimiser encore les interférences électromagnétiques et limiter autant que possible la diaphonie. Le câble de gauche transfère le courant du boîtier d’alimentation au boîtier audio, tandis que le second à l’extrême droite transfère les données numériques.
Avec cet armement de guerre, le Aurender N30SA est prêt à délivrer de la manière la plus parfaite possible les données de fichiers encodés jusqu’à 32 bits/384 kHz ou en DSD512 en passant par l’USB, et jusqu’au PCM 32 bits/192 kHz et DSD64 avec les sorties coaxiales et AES/EBU. On pourra juste regretter de ne pas trouver comme sur le Rose Hifi RS130 ou le Linn Klimax DSM/3 une entrée Ethernet fibre pour l’avenir, mais on sait qu’à la différence des jeunes marques coréennes ou chinoises qui veulent aller vite, la plus mature Aurender intègre des nouvelles technologies à la japonaise, c’est-à-dire uniquement lorsque les ingénieurs sont parfaitement sûrs d’en maîtriser totalement la conception, et d’apporter une utilité immédiate aux produits mis sur le marché.
L’installation
S’il était possible de recevoir pour quelques semaines le N30SA dans l’un de nos auditoriums, cela n’aurait pas eu beaucoup de sens même sur notre meilleur système de test, tant nos comparables in situ ne jouent pas dans la même cour. Alors, nous sommes allés l’écouter dans l’un des magasins les plus haut de gamme de Paris, Music Hall, qui nous avait préparé pour l’occasion l’un de ses plus beaux systèmes. Ayant reçu tout récemment les Sonus Faber Serafino, déjà rodées à plus de deux cents heures, Martial avait tout simplement eu l’idée de les bi-amplifier en intégrant les blocs mono Accuphase A-300 aux médiums et tweeters, en plus du nouveau bloc stéréo classe A A-80 relié aux haut-parleurs de grave. Pour préamplificateur ne se trouvait autre que le meilleur produit du fabricant de Yokohama, le C-3900, et pour convertisseur numérique-analogique son meilleur DAC, le DC-1000, non loin d’un Chord Dave.
Avec ce système de compétition, parmi les plus beaux à entendre en France, nous avons pu comparer le N30SA sur ses entrées numériques et dans ses résultats face à différentes conversions, mais aussi le tester face aux autres lecteurs Aurender, sans malheureusement avoir sous la main le W20 SE, mais par rapport au N200 et surtout au N20. En nous refocalisant sur le N30SA, nous avons utilisé des fichiers Tidal et Qobuz pour les comparer à ceux de sa mémoire SSD interne, encodés jusqu’au DSD512. Pour traiter ces fichiers, nous ne nous sommes servis que de l’application propriétaire, tout en sachant que la lecture peut également se faire en UPNV/DLNA, donc par exemple avec Audirvana.
Le son
Lors de notre test des Børresen X3 dans le même auditorium pour le numéro précédent, nous avions pu entendre la différence entre un fichier lu sur Tidal et Qobuz, pourtant du même encodage et tiré normalement exactement de la même source en provenance des labels d’origine. C’est donc ce premier test que nous avons fait sur le N30SA et si la différence ne nous a pas semblé aussi flagrante que sur le N200 il y a deux mois, nous avons tout de même favorisé Qobuz après deux ou trois vérifications, pour la fluidité supérieure des fichiers lus à partir de cette plateforme.
Alors, nous avons pu découvrir en provenance de la source un son d’une rare pureté, dénué de toute interférence et avec une scène superbement noire, par exemple pour nous laisser profiter des bruits de machine à sous du « Money » des Pink Floyd. Avec un tel système, nous pouvions entendre absolument tout à un niveau très supérieur à toutes les écoutes réalisées ces derniers mois, donc par exemple le style d’enregistrement rock des années 1970, qui se démarque par le grain et l’ambiance sonore captés par les micros, ou juste après sur une symphonie de Mahler par Bernstein (Sony), l’atmosphère du studio avec un placement des micros qui laisse plus d’air et concentre moins les éléments que dans la plupart des captations récentes.
Tant pour les chanteurs de rock qu’avec les voix des chanteuses de jazz que nous adorons, nous avons tout simplement eu l’impression d’inviter les artistes et de les voir devant leur micro face à nous, avec une précision à nous faire participer directement à l’enregistrement studio lui-même. Mais si nous pensions être au couronnement de ce que nous percevions, c’était sans compter sur le résultat en écoutant un fichier disponible directement sur la mémoire SSD du Aurender N30SA.

Alors, le bruit s’est encore minimisé pour approfondir à nouveau un peu plus la scène, avec pour résultat des éléments encore mieux détourés et encore plus nuancés, une qualité des harmoniques hors du commun, difficile à retrouver même en salle, par exemple lorsque nous avons comparé « Mambo » de Bernstein à celui entendu la veille à l’auditorium de Radio France, ou la Sonate n°1 de Rachmaninov par Geniušas à son interprétation salle Cortot quelques semaines plus tôt, où nous étions pourtant au septième rang face au Steinway. Plus encore qu’en salle, les dynamiques et les harmoniques se déploient à des niveaux infinitésimaux, avec une probité des timbres incroyable, dans cette configuration encore plus en accord avec la densité d’un DAC comme le DC-1000 que par la clarté du Dave.
Sur des fichiers DSD256 ou DSD512, nous avons été plongés au milieu de l’orchestre ou en plein live au milieu des groupes de rock, pour être ensuite transportés dans la mystique des églises à l’écoute de messes de Poulenc ou de motets d’Arvo Pärt, avec une scène encore plus épurée. D’un tout autre style, les sons électroniques de « Get Lucky » des Daft Punk ont offert un rendu tout aussi impeccable sur tous les registres, en plus d’une impression de respiration, sans jamais trop éclairer, mais en restant au contraire sur le rendu neutre référent à Aurender.
Sans avoir pu entendre cette fois le W20SE (23 250 €), dont nous connaissions la grande finesse, le fait de brancher le N20 presque deux fois moins cher (13 500 € encore) à la place du N30SA n’a pas donné l’impression d’un effondrement de la qualité globale, puisqu’il apporte déjà avec lui toute une partie des caractéristiques précitées. Toutefois, l’oreille découvre rapidement qu’il n’y a plus tout à fait les mêmes nuances ni la même ouverture sonore, inéluctablement retrouvées en réutilisant le plus gros serveur musical.
Notre conclusion
Si nous savions que l’ultime n’est jamais atteint et que ce que nous entendons aujourd’hui, surtout en matière numérique, pourra sans doute encore être dépassé à l’avenir, il semble que le transport réseau numérique Aurender N30SA soit arrivé à un aboutissement difficilement surpassable à ce jour, et pour lequel nous n’avons aucun comparable en tête, sauf peut-être le Linn Klimax DSM/3, avec convertisseur.
D’une conception quasi parfaite par sa structure en deux châssis inédite dans la façon de penser la séparation des composants, le plus gros transport et serveur musical d’Aurender va encore plus loin que les autres modèles les plus haut de gamme de la marque sud-coréenne, et si dans un système à moins de 70 000 € la majorité des impressions pourra être rendue déjà grâce à l’excellent N20, les auditeurs les plus fortunés et en recherche d’exceptionnel devront inéluctablement se porter vers le Aurender N30SA, à relier impérativement au DAC en USB pour profiter à plein de ses qualités, si possible avec un maximum de musique enregistrée en interne en DSD.
Fiche technique : Aurender N30SA
- Origine : Corée du Sud
- Prix : 25 900 €
- Dimensions : 430 x 356 x 107 mm (par châssis)
- Poids : 22 kg (au total des deux châssis)
- Sorties numériques
- 2 x USB Audio ;
- 1 x AES/EBU,
- 1 x coaxial SPDIF BNC,
- 1 x coaxial SPDIF RCA,
- 1 x optical/TosLink SPDIF
- Entrée horloge externe : coaxial BNC 75 Ω – 10 MHz, 12,8 MHz, 44,1-48 kHz
- Mémoire interne
- 8 To SSD (série) ;
- tiroir de stockage pour mémoire optionnelle
- Formats lus
- USB : Jusqu’à 32 bits/384 kHz ;
- DSD128 (DoP) ;
- DSD512 (Natif) ;
- MQA
- SPDIF & AES/EBU : PCM jusqu’à 32 bits/192 kHz;
- DSD jusqu’au DSD64 via DoP
- WAV, FLAC, AIFF, ALAC, M4A, APE
Paru dans VUMETRE n° 51
VUMETRE N°51
Janvier – février 2024 Version papier : 10 € (frais de port inclus) / Version digitale : 7 € Outre le plaisir de découvrir les nouveautés liées à votre passion et l’activité de l’industrie audio, nous vous proposons deux formats :











