Fondée aux États-Unis en 2002 avec pour vocation de créer des modèles d’enceintes de très haute-fidélité, YG Acoustics était restée relativement confidentielle en France.
En ce début d’année, elle profite d’une nouvelle distribution pour reprendre de l’ascendant, d’autant qu’elle bénéficie maintenant d’une nouvelle gamme plus abordable que la Reference. Nommée YG Acoustics Peak Ascent en hommage aux montagnes Rocheuses du Colorado, cette nouvelle série de six modèles débute avec deux enceintes compactes, un caisson de basse et trois colonnes, dont nous testons la médiane, magnifique trois voies du nom d’Ascent.
YGAcoustics est connue depuis son apparition comme une marque de référence, nom d’ailleurs donné à sa première série d’enceintes intégralement en aluminium de grade aérospatial pour la caisse et les haut-parleurs.
Une amplification plus une gestion des données réseau a ensuite permis de modifier trois modèles de cette série pour créer la gamme Live, composée des Vantage 3, Sonja 3 et XX en versions actives.
Mais si jusqu’à présent quelques caissons étaient venus s’ajouter aux produits du fabricant d’Arvada, dans le Colorado, dont les très novateurs Invincible 21.1 & 21.2, aucune enceinte bibliothèque n’existait à son catalogue, de même que tous les modèles restaient inéluctablement, par leurs tarifs, positionnés dans l’ultra-haute fidélité.

VOYAGE EN MONTAGNE
Il aura donc fallu attendre 2022 pour que la marque bouleverse ses fondamentaux, en lançant une nouvelle série plus abordable composée de deux enceintes compactes, en plus de trois colonnes et un caisson de basse. Dénommée Peaks en hommage au Rocky Mountains du parc national du Colorado, non loin du siège de l’entreprise, cette série se compose uniquement de noms en référence à la montagne.
Plus petites et prévues avec des pieds spécifiquement conçus pour elles, les deux enceintes bibliothèques prennent le nom d’amas rocheux : pour la plus petite, un tas de cailloux empilés (Cairn) ; pour la seconde, un bloc de roches créé par la nature (Tor). Ensuite, YG nous fait monter avec ses trois colonnes par deux (Talus) puis trois (Ascent) voies, jusqu’à une dernière version encore plus ultime (Summit), de laquelle on peut encore redescendre si besoin grâce à un caisson de basse (Descent).
ASCENSION VERS L’ELBERT
Dans ce périple vers le plus haut mont du Colorado – l’Elbert de 4 399 m, situé à un peu moins de 130 km du siège d’YG, dans la banlieue de Denver –, nous avons pu choisir plusieurs passages avant de nous arrêter pour cette ascension sur l’Ascent, avec la ferme intention de vérifier un jour le surplus d’écho de la Summit, ou de comparer les deux petites, tout aussi curieux de nous égarer un temps sur la série Reference par sa Carmel 3 si l’occasion s’en présente.
Enceinte colonne médiane, l’Ascent est une Talus à laquelle on a ajouté un haut-parleur de basse, pour ne plus dédier que son haut-parleur médian aux médiums. Comme tous les autres modèles de la gamme, cette enceinte est fabriquée dans une caisse scellée en fibres de résine denses d’un pouce d’épaisseur, parsemée de renforts et d’absorbeurs acoustiques afin d’éliminer la grande majorité des réflexions et résonances internes.
La façade en aluminium épais est façonnée en plus de 15 millions de points par modélisation informatique, découpée ensuite par machine CNC.
Constituée de trois haut-parleurs, l’Ascent retrouve le tweeter ForgeCore identique à toutes les enceintes de la série Peaks. Basé sur une technologie de pièces forgées en acier optimisées par une géométrie 3D avec découpe CNC, ces unités de gestion des aigus avec système de moteur magnétique se démarquent des Lattice de la série Reference, créées à partir d’une billette d’aluminium.
En revanche, toutes les autres membranes sont les mêmes que celles de la grande série d’YG, brevetées BilletCore car taillées dans une billette massive d’alliage d’aluminium aéronautique pour créer en fin de chaîne un cône épais de 0,2 mm pesant moins de 30 g.
Pour en parfaire la précision des réponses, ces membranes sont intégrées dans la façade, avec là encore une utilisation poussée de la modélisation informatique, qui analyse non seulement le cône, mais aussi l’entourage, la suspension, l’interaction de l’aimant et de la bobine mobile, ou même les différentes ondes de l’air en fonction de la laque utilisée.
Sans rien laisser au hasard, les ingénieurs sous la direction de Matthew Webster ont choisi de placer le filtre dans le socle du bas en aluminium doux, afin d’ôter toute la pression interne au cabinet et de laisser totalement libres ses composants.
Eux-aussi issus de longues heures de recherche, les circuits sont conçus pour optimiser l’amplitude, la phase et la courbe de phase pour que les unités d’entraînement soient cohérentes entre elles sur une très large bande de fréquence, avec pour résultat que tous les haut-parleurs sont synchronisés dans leurs mouvements, donc évitent toute perturbation auditive liée à d’éventuelles décalages entre membranes.
Comme toutes les Peaks à partir de la Tor et donc comme la colonne Talus avec laquelle elle partage hauteur (101,5 cm) et largeur (27 cm), l’Ascent reprend au centre une membrane de 18 cm (7.25’’), mais qui ne lui sert qu’à gérer les fréquences médiums, puisque les graves sont dévolus à un troisième haut-parleur, placé en bas de la caisse à une distance critique de plus de 10 cm par rapport au socle dans lequel se trouve le filtre.
De 22 cm (8.75’’), ce dernier haut-parleur fait la différence majeure avec la Summit et son grave de 26 cm (10.25’’), mais surtout avec la Talus qui ne possède pas du tout cette troisième voix. Disponibles avec un placage ébène, chêne ou bois de rose, les Ascent pèsent 54 kg chacune, bien soutenues par quatre superbes pieds en pointes.

L’INSTALLATION DU YG ACOUSTICS PEAK ASCENT
D’une sensibilité de 90 dB et d’une impédance moyenne de 4 ohms, les Ascent sont relativement souples à amplifier, mais leur conception et leur recherche de neutralité les placent dans une catégorie qui nécessite des éléments de grande qualité en amont si l’on souhaite en profiter pleinement.
Réactives au moindre changement, elles peuvent mettre en avant le plus infime détail et, pour cela, une source comme un Aurender N20 ou N30SA ou le lecteur réseau Luxman NT-07 testé dans ce numéro permettront aux YG de retranscrire chaque parcelle de fréquence et de musique.
Disponibles chez Concert Home à Paris – notre partenaire Music Hall a pour sa part fait le choix d’intégrer la gamme Reference – les Ascent ont pu être testées aux côtés de la première compacte Cairn, et d’autres enceintes américaines comme les EgglestonWorks Emma et Andra III SE.
Pour les amplifier, nous avons préféré le résultat du Accuphase E-5000 et des blocs Wavac MD-805m, mais des éléments séparés d’Accuphase pourraient leur apporter encore plus de relief, ce que nous tenterons de confirmer pour un prochain test chez Music Hall, avec la Carmel III.
LE SON DU YG ACOUSTICS PEAK ASCENT
À l’écoute d’une enceinte de la série Peaks transparaissent immédiatement deux notions, qui nous font comprendre que nous sommes en train d’écouter des modèles YG Acoustics : la première est que cette petite série ne fait aucune concession à la qualité ; la seconde est qu’il s’agit bien d’enceintes américaines, avec la philosophie musicale qui va avec.
Pour développer ces propos, commençons par le premier point : même si le tweeter n’est plus le Lattice de la série Reference, la conception du ForgeCore permet une réponse dans l’aigu jusqu’à 40 kHz qui, si elle peut créer une pointe d’acidité dans les très hautes-fréquences, couvre sinon avec le moindre détail tout ce registre.
Pour le reste du spectre sonore, les haut-parleurs BilletCore délivrent avec leur membrane aluminium une exactitude de détails et une minutie de nuances d’une parfaite neutralité, qui placent immanquablement dès la première audition ces modèles dans le très haut de gamme.
Moins directives que les Cairn – les seules à ne pas avoir le haut-parleur de 7.25’’, puisque le leur en fait 6’’–, les Ascent sont aussi beaucoup plus ouvertes, tant en largeur qu’en profondeur, mais aussi d’une manière impressionnante sur la hauteur.
Sans doute cela vient-il de leur socle inspiré par les montagnes Rocheuses, mais on gagne à leur écoute une réelle impression d’altitude, à même de nous faire monter très haut. Le sommet visé par l’enceinte homonyme n’est déjà pas loin avec l’Ascent, qui pour sa partie basse ne perd que 2 Hz par rapport à la plus haute, pour couvrir une plage de grave dès 26 Hz, quand la Talus encore en deux voies descend déjà jusqu’à 32 Hz.
Pour reprendre notre second propos, l’Ascent s’apparente bien à une enceinte américaine, en cela qu’elle vise la polyvalence dans les styles musicaux, et une neutralité des timbres parfois proche d’une écoute de studio.
Ainsi, sur « City of Stars » de La La Land, a-t-on moins l’impression d’avoir Ryan Gosling juste devant nous, puisqu’il est clair que la voix de l’acteur a été retouchée par une console de mixage, mais justement de l’avoir juste derrière la vitre pour en profiter en retour de studio, quelques mètres plus loin, une fois tous les paramètres optimisés.
Chaque instrument derrière lui est alors audible sur la moindre sensibilité de cordes (guitare) ou d’appui du clavier (piano), tandis que chaque mouvement de ses lèvres, de langue ou chaque prise d’air est audible.
Avec de vraies chanteuses comme Abbey Lincoln, dont le grain se décuple merveilleusement grâce au streamer Luxman en amont, les mêmes sensations de participer en live à l’enregistrement et d’entendre le moindre paramètre ressortent, tandis que sur du rock, on se laisse tout simplement bercer par les guitares électriques, comme si nous assistions dans la salle aux captations, ou juste devant la scène aux live que nous sommes en train d’écouter.

Quant à un tenter un grand effectif orchestral, nous nous sommes ici rendu compte de la supériorité de la retranscription lorsque nous sommes montés en gamme sur l’amplification, les Ascent pouvant sans aucun doute aller encore plus loin et nous emmener encore plus haut avec des systèmes plus ultimes que ceux utilisés pour notre test.
Ici encore d’un niveau de précision sans faille, le détail des grandes œuvres polyphoniques a aussi bénéficié d’une image pure grâce aux recherches sur les courbes de phases, en plus de profiter sur l’Ascent de la conception trois voies et du haut-parleur central sollicité juste sur les médiums, pour délivrer avec la même netteté chaque partie du spectre.
NOTRE CONCLUSION
Créées pour offrir un son de référence, les YG Acoustics se sont fait une place dans la très haute-fidélité ces vingt dernières années, sans pouvoir être abordées par un grand nombre d’amateurs de musique. Avec la nouvelle série Peaks, le rêve peut à présent devenir réalité pour une frange moins restreinte de passionnés, pour lesquels les Cairn à 11 900 € sont envisageables.
À 27 990 €, les Ascent s’approchent du prix des Carmel III de la série Reference, mais ont pour elles leurs trois voies et un grand haut-parleur de grave de 26 cm (10.25’’). D’une grande neutralité, ces enceintes américaines enfin disponibles en France permettent de voyager pendant de très longues heures dans les hauteurs recherchées par les ingénieurs du Colorado, et de nous faire gravir de notre salon les monts musicaux les plus somptueux.
Auteurs : Vincent Guillemin
Fiche technique : YG Acoustics Peak Ascent
- Origine : États-Unis
- Prix : 27 990 €
- Dimensions : 1015 x 270 x 450 mm
- Poids : 54 kg (par unité)
- Réponse en fréquence : 26 Hz – 40 kHz
- Impédance : Moyenne à 4 ohms
- Sensibilité : 90 dB
Paru dans VUMETRE N°53
VUMETRE N°53
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