« Nous avons pour principe essentiel la reproduction réaliste du son ». C’est cette phrase de son fondateur, Saul B. Marantz, qui détermine encore la philosophie de la marque aujourd’hui, comme en témoigne ce nouvel appareil, le Marantz Model 40n, intégrant tout ce que le mélomane moderne peut souhaiter voir réuni en un seul coffret.
Incontournable, Marantz fait partie de ces constructeurs pouvant se targuer d’une histoire riche, aux racines multiculturelles. Et pour cause, si la marque est désormais sise à Kanagawa, au Japon, ses origines sont à chercher de l’autre côté du Pacifique, sur la côte est des États-Unis plus précisément.
Une épopée qui trouve naissance à New York, en 1952, dans l’appartement d’un certain Saul Marantz qui donnera vie à un étonnant produit : la « Consolette ». Un pré-amplicateur hi-fi conçu pour un usage domestique, profitant d’une conception totalement novatrice pour l’époque. Il marquera l’avènement de la Marantz Audio Company.
La société est rachetée par le géant Superscope en 1964, qui sous-traitera la production à la Standard Radio Corp, au Japon, dès 1966 – elle-même renommée Marantz Japan en 1975. Puis, en 1980, Superscope cédera la quasi-totalité de ses actifs eurasiens à Philips, qui rachètera finalement le réseau nord-américain en 1992, cinq ans avant le décès de l’éponyme fondateur.
Le début du siècle marque un nouveau tournant pour Marantz, la division japonaise procédant au rachat de l’intégralité des filiales, avant de fusionner avec Denon et Boston Acoustics en 2002. Une acquisition qui aboutira au retrait total de Philips en 2008, D&M (Denon & Marantz) rachetant les quelques parts encore détenues par le mastodonte néerlandais, mettant fin à un partenariat vieux de plus de 28 ans.
Enfin, en 2017, la saga Marantz connaîtra un énième rebondissement, le groupe Sound United jetant son dévolu sur D&M Holdings, qui rejoindra du même coup des marques prestigieuses telles que Bower & Wilkins ou Classé Audio, signant par la même occasion le départ de l’illustre Ken Ishiwata, à l’œuvre depuis plus de 40 ans – mais c’est une autre histoire et nous vous renvoyons pour cela à la 20e édition de votre magazine favori.

Autant dire que nous étions particulièrement curieux de découvrir le Model 40n, quintessence de ce melting-pot semi-séculaire, empreint du style de son Queens natal, magnifié par le savoir-faire nippon.
Esthétiquement, le Model 40n est une franche réussite, Marantz nous gratifiant d’un appareil au style néoclassique, conservant les codes propres à la marque tout en y ajoutant une touche de modernité.
Un design enlevé, porté par son large panneau de contrôle habilement mis en lumière par un jeu de LEDs discrètement dissimulées entre ce dernier et le châssis. Avec une conception en escalier, la face avant se compose ainsi d’une première plaque accueillant l’ensemble des contrôles, elle-même portée par une seconde paroi, concave, exaltée par un motif alvéolaire des plus intrigants.
Au centre du frontispice trône l’iconique affichage hublot – un classique – accompagné de multiples potentiomètres permettant de faire varier les réglages de graves/aigus/balance, eux même cernés des deux côtés par deux larges contrôleurs, respectivement dédiés aux entrées et au volume.
Une simplicité apparente, qui ferait presque oublier la connectique pléthorique de ce lecteur : double entrées optiques, entrée ligne/phono, sortie caisson, complétées d’une entrée HDMI-ARC pour relier une TV. À cela s’ajoute un port RJ45, un port USB, deux antennes wi-fi/Bluetooth, et même un jeu d’entrée/sortie Remote dédié à l’interconnexion avec les autres modèles Marantz.
Mais, c’est sous son épaisse couche d’aluminium que le Model 40n cache ses plus beaux atours : un circuit interne réunissant le meilleur de l’analogique, épaulé par la quintessence du numérique. Sobrement intitulés HDAM (pour Hyper Dynamic Amplifier Module), ces modules introduits sur la série KI Pearl, associés à un bloc toroïdal à double blindage et une alimentation à forte capacité, affichent un temps de réponse exceptionnellement court, garantissant une plage dynamique maximale en toutes circonstances.

Le résultat ? Des chiffres impressionnants pour un intégré du genre, le Marantz délivrant 70 W par canal à 8 ohms – ou 100 W à 4 ohms – sans jamais dépasser 0,02 % de distorsion à pleine charge. Point d’orgue de l’ensemble, le facteur d’amortissement, ratio d’impédance interne de l’amplificateur vers le système de haut-parleurs, affiche une valeur supérieure à 100. C’est la promesse d’une écoute précise, affranchie de la moindre coloration superflue, l’ampli s’avérant capable d’absorber la quasi-totalité de l’énergie générée par le rebond du cône.
Dernier point et pas des moindres, l’ampli intègre aussi son propre DAC, fourni par ESS-Tech. Issue de la série Sabre HiFi, cette puce ES9016K2M gère nativement les flux très haute-résolution (PCM comme DSD), assurant une conversion optimale des signaux numériques, quelle que soit l’entrée sélectionnée. L’idée étant, bien évidemment, d’élever cet ampli au rang de véritable centre névralgique.
L’utilisation du Marantz Model 40n
Que l’on soit expert ou néophyte, le Marantz Model 40n s’installe en un tournemain. Une fois qu’il est sorti de sa boîte, posé sur son meuble de destination, raccordé à l’ensemble de vos sources et relié au secteur, il ne faut que quelques minutes pour accéder à l’écran d’accueil, spartiate mais efficace.
D’ici, deux options se présentent à vous :
• l’usage basique, via la télécommande fournie ou le sélecteur d’entrée en façade, permettant de basculer d’un tournemain entre toutes vos sources ;
• l’usage avancé, via l’application HEOS, débridant l’ensemble des fonctionnalités réseaux, en plus des réglages sonores les plus complets.
D’ici, tout se pilote au doigt et à l’œil grâce à une application qui a su profiter de nombreuses corrections, portées par les retours utilisateurs recueillis au fil des années. Comble du bonheur, l’ampli supporte la totalité des assistants vocaux disponibles (Google Home, Alexa, Siri ou encore Josh) pour une intégration domotique complète, sans installation complexe.
Compatible AirPlay et DNLA, le Marantz se pilote aisément depuis un smartphone ou une tablette. Il est aussi compatible avec Spotify, Tidal, Deezer, Napster et SoundCloud, mais fait actuellement l’impasse sur Qobuz, une limitation étonnante, qui sera sans doute corrigée lors d’une prochaine mise à jour. Mais, c’est bien là le seul reproche que l’on puisse faire au Model 40n, inattaquable sur le reste des entrées.
Pour finir, sachez qu’il est aussi possible de connecter un préampli externe, le Model 40n basculant alors en mode ampli de puissance. Que dire de plus !

Le son du Marantz Model 40n
Après nous avoir proposé un ensemble très audiophile (les Model 30), Marantz se livre à une déclinaison de type « tout-en-un » de ses éléments séparés. Bien sûr, vous n’aurez pas la commodité d’une base lectrice CD/SACD, mais pour le reste, tout est là. Le constructeur n’ambitionne pas non plus d’atteindre le même niveau de performance, mais la qualité est au rendez-vous.
En effet, tout en restant parfaitement en prise avec les standards de la marque, le Model 40n dévoile une performance surprenante pour un budget finalement raisonnable au regard des multiples possibilités de l’appareil. Et cela commence par la reproduction d’un spectre large et charpenté. Assurément, les timbres sont riches et procurent une assise substantielle à la plupart des enregistrements.
Ce grave ferme et bien structuré permet à l’image de se déployer tous azimuts sans que l’on ne se sente jamais à l’étroit. La boîte à rythmes, comme la batterie, se révèle percussive et tendue pour faire profiter à l’auditeur d’une écoute physique mais néanmoins subtile. Car pour rendre chaque partition tout à fait intelligible, le Model 40n ne brade jamais la précision de l’analyse. Il s’y emploie avec conviction et précision.
Sur les parties chantées comme sur les passages très chargés de grandes formations symphoniques, le Model 40n sait avancer avec homogénéité et fermeté, assouplir le tempo dans les passages calmes et renforcer la tension dans les mesures explosives.
D’une façon générale, le son se trouve toujours déployé avec la juste énergie et une joie de vivre communicative.

Notre conclusion
Cette déclinaison compacte de ses beaux éléments séparés a été orchestrée dans les règles de l’art par le constructeur japonais qui a su puiser intelligemment dans sa banque d’organes, et adapter entre eux les meilleurs éléments pour nous offrir une machine unique qui sait tout faire avec un sens évident de la musicalité. Si l’on ajoute à cela un tarif tout à fait raisonnable et une qualité de construction digne d’une machine haut de gamme, l’équation est tout simplement réussie.
Auteurs : Haja Randrianarison
Fiche technique : MARANTZ model 40n
- Origine : Japon
- Prix : 2 499 €
- Dimensions : 443 x 130 x 432 mm
- Poids : 16,7 kg
- Puissance
- 2 x 100 W sous 4 ohms
- 2 x 70 W sous 8 ohms
- Distorsion harmonique totale + bruit : 0,02 %
- Facteur d’amortissement : Supérieur à 100
- Sensibilité d’entrée
- 2 mV/47 kilos-ohms (Phono)
- 220 mV/20 kilo-ohms (RCA)
Paru dans VUMETRE N°40
VUMETRE N°40
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