Créée en 2020 et apparue avec l’alimentation Hypsos, Ferrum Audio a développé son catalogue avec un DAC-ampli casque lancé en 2022, puis dès l’année suivante un pur DAC. Appelé Ferrum Wandla, ce convertisseur numérique-analogique a été primé par l’EISA dès 2023, ce qui n’a pas empêché la marque polonaise de revoir encore plus loin son concept avec une édition spéciale en partenariat avec le média Internet GoldenSound. Basée sur les mêmes composants, cette version revoit et ajoute de nombreux paramétrages sonores, pour ajuster au plus précis la musique à ses préférences et envies du moment.
Cofondateur et associé de Mytek, Marcin Hamerla choisit au tournant de la décennie de développer ses propres produits et crée pour cela Ferrum Audio, toujours dans la banlieue de Varsovie. Dès 2020, la marque apparaît avec une alimentation Hypsos, puis dès l’année suivante avec l’ampli casque Oor (tous deux chroniqués dans notre n°40 ; rubrique Essentiel).
Il fallait oser lancer une nouvelle marque sur le marché avec seulement une alimentation ultra-stabilisée, mais cela a en réalité permis à l’entreprise de créer un terreau extrêmement sain pour développer par la suite des produits plus complexes. En 2022, l’Erco reprend une partie des technologies de l’Oor en ajoutant une conversion numérique-analogique et préampli, afin d’en faire un vrai compagnon de bureau, auquel ne manque plus qu’un amplificateur de puissance si l’on souhaite aussi associer des enceintes.

Un an plus tard et alors que nous avions chroniqué son développement en passant au siège de la marque fin 2022 (cf. reportage dans le n°45), le pur DAC Wandla est lancé, sur la base de puces parmi les plus estimées du marché. Basé sur un processeur ARM revu pour créer une plateforme propriétaire nommée SERCE, ce DAC intègre une puce de conversion ESS 9038PRO paramétrée pendant des centaines d’heures – nous avons assisté en direct à la méthode de développement avec l’ingénieur Maksymilian Matuszak – pour obtenir les courbes les plus parfaites possibles sur les huit DAC qu’elle contient.
Créé pour traiter les fichiers les plus denses possibles, il permet de décoder jusqu’aux taux d’échantillonnage de 768 kHz/32 bits en PCM et les fichiers DSD512. Évidemment, il faut utiliser pour cela les connexions I2S ou USB-C, mais sinon et selon les sources que l’on souhaite intégrer, il reste encore la possibilité d’utiliser le port RCA S/PDIF, un port ARC ou l’AES, tous prévus pour laisser passer des formats jusqu’à 192 kHz/24 bits. Une liaison optique existe également, mais elle n’offre plus que le taux maximal de 96 kHz (pour rappel déjà supérieur à la plupart des fichiers streamés, souvent en 44,1 kHz s’ils ne sont pas Hi-Res).
Avec une telle connectique, le Wandla se veut extrêmement complet et non obsolète pour de nombreuses années, d’autant que son logiciel peut bénéficier de mises à jour, toujours très facilement pilotables par l’écran tactile en façade.
En ouvrant le capot supérieur, on découvre la perfection du circuit, parfaitement agencé sur une carte aux dimensions internes de l’appareil, inséré comme tous les produits de la marque dans un châssis rigide fabriqué sur place en Pologne, et dont les dimensions contenues (21 x 206 x 50 mm) permettent une intégration discrète au milieu de n’importe quel système.
Quant à parler de discrétion, rappelons que tous les composants du DAC le sont et que les parties les plus perturbatrices comme l’écran couleur tactile en façade sont isolées sur la carte pour ne pas créer d’interférences, de même que le circuit sur laquelle se trouve le module Serce est légèrement surélevé. En plus d’être un DAC, le Wandla est également un véritable préamplificateur, puisque comme le Oor, il offre une paire de bornier RCA afin d’y intégrer une source analogique annexe – par exemple un préampli phono Ferrum, comme on peut l’espérer pour bientôt !

PARTENARIAT WANDLA & GOLDENSOUND
Déjà très complet et très modulaire, le Wandla a pourtant déjà évolué en 2024, à la faveur d’un partenariat avec le site hifi https://goldensound.audio. Grâce à cette version développée en interne par Paweł Gorgon, l’appareil gagne de nombreux paramètres, tous immédiatement identifiables à l’oreille.
Avec ces nouveaux paramétrages, le Wandla Goldensound perd la fonction MQA déjà devenue obsolète pour beaucoup, mais gagne bien plus avec :
• l’amélioration de la marge de traitement numérique, qui permet d’élever les niveaux de marge et de mieux immuniser contre les dépassements entre échantillons ;
• l’amélioration spatiale, qui permet d’encore mieux ouvrir la scène sonore et de séparer davantage les éléments. Ce mode est adaptable à une écoute casque ou sur enceintes ;
• un mode Tube, qui augmente volontairement la distorsion harmonique d’ordre pair afin de chercher les sonorités normalement produites par les amplificateurs à tubes, et notamment un son plus chaud ;
• un mode Impact + qui développe l’impact des graves grâce à un égaliseur à deux bandes personnalisé ;
• un ajustement de la tension qui permet de passer d’une sortie juste en-dessous de 10 Vrms à une sortie juste en-dessous de 4 Vrms, afin de s’adapter encore mieux à tous les amplificateurs, et donc d’éviter d’utiliser un contrôle de volume dans le chemin du signal.

L’INSTALLATION DU FERRUM WANDLA
Reçu dans nos auditoriums avec une Hypsos, le Wandla a pu être écouté pendant plusieurs semaines sur trois différents systèmes avec enceintes ainsi que deux systèmes casque. Très rapidement, nous avons limité la source au transport réseau Wattson Audio Emerson (testé dans ce numéro) relié en coaxial S/PDIF (câbles Esprit Célesta G8 & Eterna G9) et à un ordinateur avec des fichiers HD et Hi-Res, relié par USB-C.
D’abord écouté avec l’alimentation fournie en série, le Wandla a pour toute la deuxième partie des essais été branché sur l’alimentation séparée Hypsos, dont les performances nettement impactantes sur le son ont permis d’encore mieux analyser les différences des paramètres sonores disponibles seulement sur la version Goldensound.
Toutes testées, ces options ont pu montrer leur accord parfois juste intéressant et à d’autres moments vraiment magique selon les systèmes utilisés, comme l’amélioration spatiale en mode casque sur le Susvara Unveiled, ou le mode Tube au charme bluffant avec le couple ampli-préampli Luxman CL-38uC/MQ-88uC.

LE SON DU FERUM WANDLA
Dans le monde actuel, un DAC audiophile sans streamer se doit d’être soit extrêmement onéreux, soit très bon marché, soit extrêmement complet et performant. Ne jouant ni dans la cour de Nagra ou dCS, ni dans celle d’Eversolo, le Wandla de Ferrum Audio doit forcément parvenir à se démarquer dans la troisième voie énoncée.
Et on pourra difficilement faire mieux en termes de branchement, sauf à lui regretter une prise USB-B. L’USB-C permet en tous les cas un branchement bien plus stable vers un ordinateur, tandis que les sections ARC et I2S assurent une très grande fiabilité. Quant aux sections coaxiales et optiques, elles démontrent là encore la qualité du traitement du signal par une pureté à toute épreuve, notamment lorsqu’on utilise un streamer en amont.
Musicalement, l’identification de la puce ESS 9038PRO n’apparaît pas tout de suite, donc on comprend à l’écoute que ce processeur n’a pas été tout simplement posé et intégré en suivant le guide du fabricant, mais étudié en profondeur pour en faire ressortir le meilleur, en profitant de ses huit DAC et de son extrême rapidité.
La sonorité se montre donc moins brillante et beaucoup plus neutre qu’avec d’autres DAC concurrents utilisant la même puce, loin de l’idée caricaturale que se font encore certains des DAC Sabre. Cette neutralité renforcée par une source comme l’Emerson peut même manquer parfois de luminosité ou de rugosité, même si cela se corrige facilement par les nombreux choix d’écoute, notamment en passant sur le suréchantillonnage « HQ Apodisation ».

Très précis, le Wandla s’intègre sans problème à un système haut de gamme ou peut aussi être tout simplement un excellent compagnon de l’ampli casque Ferrum Oor. Et s’il gagne à être alimenté par l’Hypsos, il devient véritablement une machine unique lorsqu’il passe en version Goldensound. Alors, son paramètre Impact + lui procure une vraie valeur en plus dans la portée des basses, bien plus percutante sur les musiques rock ou hardcore.
De même, le mode Tube est un régal avec certains systèmes, la faible distorsion ajoutée pour s’accorder à celle naturelle des tubes apportant une chaleur et un surplus d’émotion magnifique sur les musiques de jazz et de soul. Quant à l’amélioration spatiale, son effet est souvent immédiat, qu’il s’agisse de celle pour casques comme de celle pour enceintes, et si cela donne parfois trop de sensation avec notre Kennerton Thror, le résultat avec un Hifiman Susvara est excellent, de même que le gain spatial pour enceintes ouvre véritablement nos Jern, tandis que cet effet est presque surjoué et donc à ne pas utiliser sur nos petites Closer à haut rendement.
NOTRE CONCLUSION
Très bien conçu pour offrir une pléthore de branchements numériques et même une paire de borniers RCA analogique, le DAC-préampli Wandla cherche par ses performances à jouer dans la cour des grands, malgré un prix contenu à 2 795 €. Améliorable avec l’alimentation séparée Hypsos à 1 195 €, il gagne aujourd’hui largement à être choisi en version Goldensound, car si son tarif augmente de 500 € pour atteindre 3 295 €, les paramètres ajoutés permettent véritablement de s’adapter au mieux aux typicités sonores de chaque musique et aux préférences de chacun, avec des résultats souvent remarquables.
UPGRADE IDÉAL : L’ALIMENTATION HYPSOS
S’il bénéficie de sa propre alimentation, le Wandla est encore perfectible dans ses performances lorsqu’on le relie à l’alimentation ultra-stabilisée de la marque. Déjà testée et réévoquée dans nos colonnes, l’Hypsos sert dans deux de nos auditoriums à stabiliser les boxes Internet, à la place de la petite alimentation fournie par les fabricants.
Beaucoup plus fiable, le signal réseau y gagne alors presque autant que lorsque l’on ajoute des switchs audiophiles entre les box et les streamers. Mais en plus de nous servir en continu pour Internet, l’Hypsos nous sert régulièrement à pousser au maximum tous les appareils avec alimentation séparée testés.
D’ailleurs, elle bénéficie régulièrement de mises à jour pour s’adapter automatiquement et au plus fin (par pas de 0,1 V sur une plage de 10 %) à de nombreux appareils. Sont donc maintenant pré-paramétrés dessus en plus de tous les Ferrum les produits 3D-Lab, Silent Angel ou encore Wattson, dont le petit Emerson justement testé avec et sans pendant notre essai pour ce numéro.

LE SON
Une fois l’Hypsos paramétrée – attention à ne surtout pas brancher avant de changer le voltage, au risque de griller des appareils – puis branchée sur l’Emerson ou plus encore sur le Wandla, le son gagne en clarté et en précision, et si cela peut toucher légèrement la dynamique sur l’Emerson, il y a en retour un affinage clair des timbres, tandis qu’une fois reliée non plus en DIN mais avec un câble propriétaire FLP (Ferrum Power Link) au DAC de la marque, l’Hypsos rehausse tout simplement toutes les composantes musicales. Plus lumineuse, la scène gagne en profondeur et perd encore en bruit, avec pour résultat une amélioration des timbres, de la matière et des contours.
Auteurs : Vincent Guillemin
Fiche technique : Ferrum Audio Wandla GoldenSound Edition
- Origine : Pologne
- Prix : Wandla : 2 795 €
- Wandla Goldensound : 3 295 €
- Dimensions: 217 x 206 x 50 mm
- Poids : 1,8 kg
ENTRÉES NUMÉRIQUES & ANALOGIQUES
- Numérique : 1 x USB-C ; 1 x I2S ; 1 x ARC ;
- 1 x AES/EBU ; 1 x Coaxial S/PDIF ;
- 1 x Optique Toslink
- Analogique : 1 x RCA
- Sorties analogiques : 1 x RCA ; 1 x XLR
- Réponse en fréquence : 10 Hz – 200 kHz +/- 0,1 dB
- Rapport signal/bruit (SNR) : 120 dB pour 1 kHz, >100 dB pour 20 Hz – 20 kHz
- Distorsion harmonique (THD+N) : 0,00009 % (121 dB)
- Taux d’échantillonnage : Jusqu’à PCM 768 kHz/32 bits, DSD 512, DoP 256 (USC-C & I2S)












