Après un Neo iDSD auréolé d’un certain succès, voici qu’iFi nous gratifie d’une variation réseau sobrement nommée ifi Audio Neo Stream. Un tout-en-un aussi complet que connecté, intégrant la quasi-totalité des technologies développées par la marque, présenté comme LA clé de voûte de tout bon système.
Fondée en 2012, iFi Audio est une filiale du mythique groupe Abbingdon Music Research (AMR), connu et reconnu pour ses systèmes Hi-Fi High-End. Plus jeune, la marque s’adresse à une clientèle de passionnés certes moins fortunée, mais tout aussi exigeante.
En effet, si AMR se concentre sur l’électronique de salon « classique », iFi Audio vise avant tout l’audiophile moderne, à la recherche de solutions compactes et performantes, aussi aptes en usage nomade que sédentaire.
Et, dès leur première apparition au HKTDC de Hong-Kong, les Micro iCan et iDAC, respectivement ampli-casque et ampli-DAC, font sensation : élégants, puissants et abordables, ils se hisseront tout naturellement au palmarès des meilleures modèles du genre, propulsant rapidement iFi sous le feu des projecteurs.
Un succès qui ne s’est jamais démenti, si bien que le catalogue iFi ne compte plus deux modèles, mais bien une cinquantaine désormais. Du système DAC/ampli haut de gamme, avec la série Pro iDSD, aux conditionneurs de courants iPurifier et bien évidemment les DAC portables, GO blu et Go Bar en tête.

Un catalogue pléthorique, étagé sur plusieurs niveaux, chapeauté par la gamme Pro et récemment complété par la série Neo, plus accessible mais tout aussi performante, à l’instar du modèle qui nous intéresse aujourd’hui, le Neo Stream.
Mix des Pro iDSD et Neo iDSD, il s’inspire du premier pour les fonctions réseaux et du second, il reprend le design iconique, conservant nombre d’options qui ont fait le charme de ses aînés, jusqu’à l’écran LCD. Un lecteur réseau ultra-complet, aux finitions soignées, annoncé comme un appareil « pensé pars des passionnés, pour des passionnés », que nous étions impatients d’essayer !
Visuellement proche du Neo iDSD, pour ne pas dire identique, le Neo Stream affiche une parenté certaine avec son aîné, ce qui n’est pas pour nous déplaire, bien au contraire. Résolument moderne dans son style, il joue la carte de la sobriété et de l’élégance, réduisant les contrôles au strict minimum, préférant substituer l’habituelle profusions de boutons à une molette de contrôle multifonction.
Un choix heureux, porté par une fenêtre de contrôle aux capacités rehaussées, jouissant elle aussi d’améliorations bien senties, bien que non tactile. Et si sa taille reste modeste comparée aux lecteurs coréens de Rose, l’excellente molette centrale cliquable, crantée et parfaitement calibrée, garantit une prise main efficace : en quelques clics, le Neo Stream bascule entre les sources, s’affranchissant complètement du téléphone ou d’une télécommande.
Un design monochromatique parfaitement équilibré, sublimé par un châssis monobloc, usiné à la CNC, pour un rendu futuriste mais discret. Si bien qu’il ferait presque oublier sa connectique pléthorique, classique pour un produit de la marque : prises optique/coaxial, sorties lignes asymétrique et symétrique, ports USB dédiés et filtrés. Le Neo Stream se voit même doté d’une sortie XLR AES/EBU, en plus d’un connecteur HDMI apportant le support i2s – une gageure.
Et si cela ne suffisait pas, le Neo Stream pousse le vice jusqu’à offrir pas moins de quatre entrées réseau différentes. En effet, non content de supporter l’indétrônable port RJ45, le lecteur affiche en sus un port M12, habituellement réservé aux professionnels de l’automatisation, ainsi qu’un mystérieux connecteur intitulé « Optical SC ».
Unique en son genre, ce système s’intercale entre le Neo Stream et le routeur multiplexant tous les flux réseau en entrée, vers un unique signal optique, régénéré, reclocké et rééquilibré, afin d’assurer une qualité de transmission supra-optimale. Une fonctionnalité unique en son genre, qui s’inscrit parfaitement dans l’idéologie iFi, toujours à l’affût du moindre parasite – physique, électrique, magnétique ou même numérique.
Un leitmotiv poussé à l’extrême, iFi gratifiant son lecteur d’une suite complète de protections propriétaires :
ANC II pour les ports USB, iPurifier pour les sorties SPDIF, circuit SilentLine pour l’écran et même des condensateurs TI Low-ESR + Taiyo Yuden pour l’étage d’alimentation. Même le classique transformateur DC cède place au iPower X, une alimentation stabilisée à courant continu, connue et reconnue pour la pureté de son signal.
Enfin, pour parfaire un tableau déjà idyllique, iFi fait profiter son circuit de composants de très haute-volée. Véritable cerveau, le processeur ARM,gagne en cadence et mémoire, traitant jusqu’à 12 fois plus de signaux par seconde, combiné à un puce XMOS elle-aussi boostée pour un décodage optimisé flux DSD, PCM et MQA.
En aval, on retrouve l’indétrônable DAC Burr-Brown de Texas Instruments. Il est lui-même associé à deux horloges maison compatibles GMT. Se retrouvent également une ribambelle de condensateurs en céramique TDK, des modules muRata à faibles émissions et autres puces Panasonic E-CPU, habituellement réservés aux modèles ultra haut de gamme. Cerise sur le gâteau, le Neo Stream dispose même d’un contrôleur d’alimentation dédié, combiné à un second module uniquement consacré aux entrées RJ45/M12/SC. N’en jetez plus !

L’utilisation du ifi Audio Neo Stream
Très complet, le iFi Neo Stream se laisse pourtant facilement dompter. Une fois relié au courant via l’alimentation dédiée – cette dernière pouvant être substituée – vient l’étape la plus importante : la connexion réseau.
Pour se faire, quatre options s’offrent à nous, du classique réseau Wi-Fi, au plus étonnant port M12, en passant par l’indétrônable RJ45 et surtout, le fameux connecteur optique ! Afin de profiter de ce dernier, iFi fournit un boîtier alimenté via USB, pourvu en entrée d’un port Ethernet et en sortie d’une jarretière pour fibre optique.
Et si la connexion sans-fil exige de se rendre sur une page spécifique, afin d’associer le lecteur au réseau local, il n’en est rien via les entrées RJ45/M12/SC, où le simple lien avec le routeur permettra l’accès à toutes vos sources préférées.
Une fois fait, deux options s’offrent alors : profiter du DAC intégré et connecter votre ampli ou vos enceintes via les sorties RCA ou 4,4 mm Pentaconn ; ou relier un DAC plus haut de gamme via les innombrables sorties numériques. À noter que pour les utilisateurs les plus exigeants, iFi préconise les sorties USB et HDMI, seules capables de sortir un signal 32 bits/768 kHz.
Dernier point et pas des moindres, le lecteur intègre pas moins de quatre réglages de phase différents, dont le fameux GTO (Gibbs Transient Optimised), spécifiquement calibrés pour s’adapter à la source utilisée : Tidal Masters, Qobuz, Spotify, DLNA ou même NAA permettant l’accès à un serveur local dédié.
Confort ultime, le streamer offre un contrôle hardware du volume, plus fin et précis que celui habituellement relégué à la source ainsi qu’une compatibilité totale avec Roon, LE leader des interfaces audio/réseau locales. Reste la question principale : quid des performances sonores ?
Le son du ifi Audio Neo Stream
Une fois vissé à notre système de test habituel – un combo Cayin DAC + ampli – via le port XLR AES EBU, les premières écoutes se font via la plateforme Qobuz, notre champion français du streaming audio HD. Et force est de constater que dès les premiers tours de piste, le Neo Stream se place bien vite en pole position.
De fait, le Neo affiche une transparence rare, assurant au DAC Cayin une base de travail extrêmement solide, permettant aux puces AKM de prendre leur envol. Moins haut de gamme qu’un lecteur Aurender, plus compact qu’un Rose et plus accessible qu’Innuos, le petit iFi, joue pourtant des coudes, jusqu’à faire jeu égal face à ses prétendants.
Une ouverture qui se confirme au fil des écoutes, la synergie des puces XMOS ARM, combinée à la topologie du circuit, produisant un résultat d’une pureté absolue, reléguant bien loin notre traditionnel Chromecast Audio, si pratique mais ici bien dépassé. Car même branché en optique, le galet de Google délivrant alors un flux numérique brut, impossible pour lui d’atteindre le niveau de séparation et la précision naturelle offerte par le Neo Stream.
Et pour cause, relié à son tour en Toslink, le constat reste sans appel : le streamer d’iFi maintient la dragée haute, titillant même les hautes sphères de l’Aurender avec la même sonorité équilibrée, moins chaude que les iDSD Nano/Micro, plus en phase avec les nouvelles séries PRO.
De même, il est intéressant de noter l’apport aussi étonnant que réel de l’OptiBox en usage de transport numérique. Face au RJ45 « classique », la connexion optique semble libérer le haut du spectre, avec des aigus plus ciselés, une scène sonore plus ample et une meilleure assise dans les voix.
Un constat principalement audible en mode streamer/DAC, relié via les sorties lignes du iFi, qui rehausse encore le niveau d’un convertisseur qui n’a plus rien à prouver. Déjà utilisée dans la quasi-totalité des DAC de la marque, la puce Burr-Brown retranscrit sans emphase la moindre nuance, le moindre soupir, imposant à son médium une rigueur presque militaire, qu’il s’agisse d’un bloc ampli dédié ou une paire d’enceintes actives – dans notre cas des KEF LS50 Wireless.
Ainsi, qu’il soit associé à notre iHA-6 ou à nos KEF, impossible de rester de marbre face à ce DAC, magnifiant les plus fins détails comme les pires écueils. Mais c’est sur les silences que le petit bloc se veut plus assourdissant : même à volume (très) élevé, impossible de discerner le moindre bruit, le moindre souffle. Une fidélité qui nous pousse vite à séparer le bon grain de l’ivraie, remettant sur scène des pépites sonores telles que « Birds » de Dominique Fils Aimé ou Flight of the Cosmic Hippo de Bela Fleck and the Fleckstones.
On retrouve tout ce qui a fait le succès des créations iFi : aigus ciselés, grave tendu et médiums parfaitement définis, le tout mis en exergue par une scène sonore à la largeur tout bonnement stupéfiante. Une délicieuse maestria acoustique, accessible à tout instant, sublimée par une offre de streaming de plus en plus complète, nos playlist Qobuz et Tidal défilant les unes après les autres sur Roon, englouties par le Neo Stream.

Et pour les plus pointilleux, il sera même possible de jouer sur les filtres, ces derniers agissant directement sur l’interpolation du signal. À titre personnel, nous nous sommes cantonnés au mode BitPerfect, le plus transparent, mais nous vous conseillons aussi de tester le mode GTO (Gibbs Transient Optimised) plus performant sur Roon que sur Qobuz/Tidal, à notre grande surprise.
Une nuance discrète, mais réelle, qui s’accentue sur les pistes électro dont nous sommes friands, plus amples et plus dynamiques dans ce mode précis, avec un rendu général, il faut bien le dire, beaucoup plus percutant.
Notre moment le plus marquant ? L’introduction « She Don’t Know » par Melody Gardot exaltée par le combo iFi Neo Stream + iDAC6 + iHA6 + Audeze LCD-X qui nous plonge au cœur même des rues de New York, où résonne le klaxon des taxis jaunes sur les murs des buildings. Une claque !
Notre conclusion
Le iFi Neo Stream est tout simplement détonnant ! Non content de concourir pour la place convoitée de meilleur lecteur réseau du marché à ce prix – et rivalisant sans peine avec nombre de modèles bien plus onéreux – ce prodige d’intégration nous a tout bonnement scotchés. Une véritable pépite sonore, excellant dans tous les domaines, aussi bien sur la forme que sur le fond, le lecteur délivrant un signal d’une transparence absolue accessible d’un simple clic.
Auteurs : Haja Randrianarison
Fiche technique : ifi AUDIO NEO STREAM
- Origine : Chine
- Prix : 1 299 €
- Dimensions : 214 x 151 x 41 mm
- Poids : 1 kg
- Convertisseurs : Texas-Instruments Burr-Brown
- Flux gérés
- PCM jusqu’à 32 bits/768 kHz/DSD jusqu’à
- DSD 512/MQA Full decoder
- Fonctions réseaux : Roon/AirPlay/Spotify Connect/Tial Connect/DNLA/UPnP/NAA operation/Stream-iFi
- THD/SNR : <0,0025 % @ 0 dBFS/< -106 dB @ 0 dBFS
- Impédance de sortie : Symétrique <74 ohms/asymétrique <37 ohms
- Tension de sortie : 4 V RMS (4,4 mm)/2 V RMS (RCA)
- Réponse en fréquence : 20 Hz – 45 kHz (-3 dB)
- Alimentation : DC 9 V/2.0 A, 12 V/1.8 A, 15V /1.2 A* (centre pin +)
- Sorties analogiques : RCA/4,4mm Pentaconn
- Sorties numériques : Toslink/Coaxial/XLR AES/EBU/HDMI i2S/USB
- Entrées numériques : RJ45/Optical SC/M12/USB
Paru dans VUMETRE N°44
VUMETRE N°44
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