Inspirée par le vaisseau de 2001 : l’Odyssée de l’espace, la Soulines Kubrick DCX structure un socle tout aluminium autour du nombre d’or et de la suite de Fibonacci. Adaptable à de nombreux bras grâce à trois bases interchangeables, cette platine vinyle d’origine serbe est proposée en France avec un bras japonais particulièrement bien adapté, tant par son design moderne que par sa technologie innovante : le Sorane SA-1.2, également tout aluminium, le tout conférant à une sonorité rapide et tendue, souhaitée la plus neutre possible dans ses tonalités.
SOULINES KUBRICK DCX : VAISSEAU INTERSTELLAIRE
Avec une formation d’ingénieur en mécanique et en parallèle une formation de musicien de conservatoire, le Serbe Igor Gligorov commence en 2009 à concevoir des platines à partir de matériaux recyclés. Deux ans plus tard, ses recherches le conduisent à créer la marque Soulines, dont le premier produit sort en 2011.
Nommée Hermes DCX, cette platine messager des dieux affiche déjà des courbes très modernes et introduit le plateau usiné en acrylique de 40 mm d’épaisseur et 3,2 kg, retrouvé aujourd’hui sur tous les modèles et donc sur la Kubrick DCX.
Par la suite, Igor Gligorov développe d’autres approches encore plus complexes avec l’exigüe tt42, avant de revenir à plus de simplicité avec l’Elgar DCX (et ses faux airs de pompe à vélo, comme la Kuzma Stabi S), pour finalement lancer une platine au dessin conventionnel rectangulaire, la Dostoyevsky DCX, et une autre à la base plus réduite, la Satie DCX.

Particulièrement aboutie, la Soulines Kubrick DCX intègre pour sa part non seulement des lignes courbes, mais surtout une structure directement dérivée du nombre d’or φ et de la suite de Fibonacci, qui permet de toujours maintenir les proportions jugées idéales dans le développement du socle.
Mise au jour par le mathématicien pisan au XIIe siècle, cette suite consiste à ajouter toujours la somme des deux nombres précédents, soit 0, 1, 1, 2, 3, 5… avec pour résultat une structure d’une résistance exceptionnelle aux effets vibratoires, d’où une utilisation intéressante dans la fabrication de certains schémas (les temples grecs dérivent du nombre d’or), avec des applications valides aussi dans le monde de la hi-fi.
En aluminium multicouche, le socle principal de la Soulines Kubrick DCX est couplé en trois points avec le socle secondaire, lui aussi en aluminium, les finitions de toute la platine étant par ailleurs en aluminium anodisé argent, d’un rendu visuel extrêmement soigné.
Trois bases interchangeables livrées en série permettent d’intégrer des bras SME 9’’, Jelco ou Rega/Origin Live/Audio Note. Trois cônes de support de proportions également en rapport avec le nombre d’or sont couplés au socle principal au moyen de rondelles en caoutchouc-liège. Leur pas de vis permet de toujours aligner le plus parfaitement possible la platine sur l’axe horizontal.
Intégré dans un bloc fait d’empilement de strates d’alu, le moteur en courant continu est relié à une petite alimentation extérieure ; Soulines ne propose pas encore d’alimentation hyper-régulée en option, pour améliorer encore une rotation déjà très précise.
Quant au plateau déjà évoqué, il est réalisé à partir d’acrylique laminé et posé sur un palier inversé, usiné en laiton massif et en acier inoxydable, avec une plaque de butée en Derlin. Toujours pratique contre la poussière, un couvre-plateau lui aussi d’un dessin moderne est directement livré avec la platine.

SORANE SA-1.2 : LE BRAS SPATIAL
Si de nombreuses photos trouvées sur Internet montrent la Soulines Kubrick DCX avec des bras relativement classiques – ceux de Rega par exemple –, le kit proposé en France par Delta Audio avec le bras Sorane SA-1.2 semble offrir un couplage particulièrement idéal, à l’œil comme à l’oreille. Signifiant « son spatial », Sorane est une marque créée par IT Industry, connue de la profession notamment pour la fabrication des bras Ikeda Sound Labs et développée récemment avec l’aide de M. Hiroshi San – interviewé par nos soins en 2023, notamment pour parler des cellules Hana.
Présentée avec son bras en « S » TA-1 couplé à la platine Transrotor ZET-1 dans notre VUmètre n°49, cette marque innovante a cherché d’autres solutions de design qui ont conduit au bras de 12’’ à tube de forme carré, le ZA-12, puis à un bras en « J », toujours taillé dans l’aluminium.
Particulièrement adapté aux cellules à compliance moyenne à faible, le SA-1.2 existe dans une version encore plus ultime nommé BCS, qui améliore encore le câblage interne et ajoute un contrepoids négatif au contrepoids positif.
Nous avons pour notre part utilisé pour ce test la version classique, vendue en Europe au tarif de 2 150 €, avec pour avantage son roulement radial, un poids placé sur la partie avant du bras, donc d’une très grande simplicité à contrôler, ou encore l’anti-staking adaptable très facilement par la molette latérale. À l’autre extrémité, une coque SME simplifie aussi le montage d’une ou plusieurs cellules selon les besoins de chacun, tandis que la base peut être choisie à la commande pour s’adapter directement aux modèles Rega, SME, Clearaudio ou Linn.
L’INSTALLATION DU SOULINES KUBRICK DCX
Très facile à monter, la platine Soulines Kubrick DCX ne demande qu’à visser ses contrepieds ainsi que la base choisie parmi les trois pour intégrer le bras. Il reste ensuite à ajuster le plateau de 3,2 kg sur l’axe, puis à lui glisser autour une fine courroie en silicone, à insérer aussi dans la rotation du bloc moteur. Le branchement au secteur se fait grâce à l’alimentation externe fournie avec la platine.
Pour le bras Sorane, celui-ci est également fourni déjà monté, avec seulement le contrepoids arrière à visser, ainsi que la coque SME, sur laquelle nous avons ajusté successivement les cellules Hana ML, Nagaoka MP-200 & MP-500, afin de vérifier la réponse du couple Soulines-Sorane avec des cellules MM et MC.
Le câble de bras 5-PIN prêté pour notre test, à intégrer sous la base du bras, s’est accordé parfaitement au reste de notre câblage, puisque nous avons utilisé un modèle Esprit Aura G9, dans la pleine continuité de nos câbles HP et modulation.
Pour la préamplification phono, nous avons privilégié de passer directement par les tubes dédiés du Luxman CL-38uC lorsque nous écoutions l’Hana ML, et par le Kora Phono avec les cellules MM.
Une fois calibrée avec une petite balance et ajustée avec le protracteur du Sorane, adapté à sa longueur non conventionnelle de 9,4’’ et à sa forme en J, nous avons pu écouter nos galettes noires avec et sans le couvre-plateau en liège (que nous avons rapidement choisi de maintenir), de même que nous nous sommes toujours servis du tt-Clamp (à acheter en option) pour caler le disque au mieux sur le plateau.

LE SON DU SOULINES KUBRICK DCX
Moderne dans l’apparence, la Soulines Kubrick DCX l’est aussi dans la sonorité. Fabriquée comme un vaisseau aérospatial pour encaisser et dissiper au mieux les vibrations dues à la rotation, cette platine serbe apporte une stabilité à toute épreuve, qui concentre le son avec tension, un peu dans la philosophie de certaines Vertere.
En parfait accord, le bras Sorane dissipe lui aussi toutes les vibrations pour permettre une excellente tenue de graves, presque rebondis sur certains mastering, là encore dans une rapidité et une tension qui feraient presque passer notre cellule Hana ML (MC) pour une nerveuse MM.
Très bien séparés, les canaux gauche et droit mettent en avant un nombre foisonnant d’informations, les meilleurs pressages analogiques ressortant avec des détails habituellement seulement perceptibles dans des écoutes numériques sur fichier DSD. En revanche, ce rendu brut a une petite tendance à accentuer l’aigu, légèrement marqué avec l’Hana ML et encore plus avec la très dynamique Nagaoka MP-500.
Le médium, lui aussi rapide, présente une impressionnante neutralité, et si certains auditeurs peuvent préférer plus d’étoffe, le fait de monter en gamme sur le préampli phono permet de compenser ce rendu, pour lui redonner le soyeux souvent attendu d’une écoute analogique.
À l’image de sa qualité de fabrication et de son design, la Soulines Kubrick DCX est une platine moderne qui offre d’impressionnants résultats avec les musiques modernes. Plus encore que la soul de Marvin Gaye, on profite alors de tout l’impact des basses électroniques des musiques R&B de Tyler et Kendrick Lamar, ou de la dynamique des vinyles d’Adèle (très bien pressés et masterisés selon la provenance).
Le jazz et la musique classique (The Planets de Holst par Mehta/Decca ou Also Sprach Zarathustra de Richard Strauss par Karajan/DG, en hommage au film de Kubrick) bénéficient pour leur part de la neutralité des timbres, avec toujours un rendu axé sur l’énergie et les contrastes plutôt que sur la douceur. Car même si certains ont tendance à l’oublier, c’est avant tout cela une écoute analogique : un son tendu avec des écarts dynamiques très supérieurs à ceux compressés par la taille des fichiers numériques lus depuis le CD, encore amoindris depuis avec le MP3.

NOTRE CONCLUSION
Moderne de style et d’esprit, la Soulines Kubrick DCX l’est aussi par la sonorité, qui démontre par la neutralité des timbres et la rondeur des basses comme le socle en aluminium est stable et non-soumis aux effets vibratoires.
Ingénieusement conçu par l’ingénieur Igor Grigolov, cette platine à 5 000 € s’adapte idéalement au dessin et à la philosophie musicale du bras du Sorane SA-1.2, avec lequel elle forme un couple autour de 7 000 €, auquel il faut encore ajouter une cellule, conseillée dans la gamme de l’Hana ML ou la Nagaoka MP-500 (soit d’environ 1 000 €), voire de modèles supérieurs, parfaitement adaptés à la faible compliance du bras japonais. Avec un tel vaisseau spatial, vous serez parés pour un saut musical dans l’espace.
Auteurs : Vincent Guillemin
Fiche technique : Soulines Kubrick DCX & Sorane SA-1.2
- Origine : Japon
- Kubrick DCX
- Prix : 5 000 €
- Dimensions : 530 x 400 x 260 mm
- Poids : 14 kg
- Entraînement : Moteur à courant continu
- Vitesses : 33 1/3 & 45 t/min
- Bases de bras : 3 bases interchangeables SME 9” ; Jelco ; Rega/Origin Live/Audio Note
- Sorane SA-1.2
- Prix : 2 150 €
- Dimensions :
- Longueur totale : 310 mm
- Longueur effective (stylet) : 239 mm
- Longueur pratique (axe) : 223 mm
- Poids : 750 g
- Force de traction verticale (VTF) : 0 à 4,5 g (2,5 g + 2 g)
- Ajustement en hauteur : 15-55 mm
- Roulements : Radial miniature
Paru dans VUMETRE N°54
VUMETRE N°54
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